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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 16:15

GIRONDE. L'affaire de la contamination aux PCB n'est qu'un épisode de plus dans la pollution de l'estuaire. Farcies au cadmium, les huîtres sauvages ne peuvent y être consommées

Avant le pyralène, il y avait déjà du cadmium dans l'eau

Les huîtres sauvages de l'estuaire de la Gironde sont interdites de culture, de ramassage et de consommation depuis 1995. (photo DR)
Les huîtres sauvages de l'estuaire de la Gironde sont interdites de culture, de ramassage et de consommation depuis 1995. (photo DR)

La faune sauvage de la Garonne et de l'estuaire de la Gironde devra bientôt sortir en scaphandre autonome. Les arrêtés préfectoraux du mois dernier ont mis en exergue une préoccupante contamination du milieu aux PCB, c'est-à-dire au pyralène, un composé chimique hautement toxique qui s'accumule dans la chair grasse des poissons de fond.

Jusque-là, seules les anguilles en sont victimes à des taux qui interdisent désormais leur consommation - la même mesure est valable pour la Charente (lire nos précédentes éditions). Cette pollution en aval du Tarn-et-Garonne, dont l'origine est sans doute ancienne et diffuse, n'est pas la première. Si le dossier est un peu tombé dans l'oubli aujourd'hui, il n'en reste pas moins que les huîtres sauvages, ainsi que les moules, y sont aussi interdites de ramassage et de consommation.

C'est en 1995 que l'estuaire de la Gironde a été classé en catégorie D, une mesure qui a sonné le glas de l'ostréiculture sur les deux rives. En cause : le cadmium, un métal lourd dont les effets néfastes sur la santé humaine sont reconnus.

Le problème est apparu à la fin des années 1970. Des analyses menées à cette époque sur les huîtres montraient que leur teneur en cadmium faisait exploser toutes les données connues en France : vingt fois plus que la norme actuellement en vigueur. Il a fallu mener l'enquête pour déterminer l'origine de la contamination.

La source dans l'Aveyron

C'est l'université de Bordeaux 1 qui a été chargée de jouer les limiers dans cette affaire. « De proche en proche, on a examiné tout le bassin versant. C'était un travail passionnant. On a fini par identifier la source de la contamination à Decazeville, dans l'Aveyron. En amont sur le Lot, il n'y avait rien. Après Decazeville, on obtenait des taux records », se souvient Claude Latouche, directeur de recherche au CNRS et aujourd'hui retraité.

En fait, le coupable était un petit affluent du Lot, le Riou Mort. S'y déversaient des résidus d'extraction du zinc sur le site de l'Union minière à Viviez, à 4 kilomètres de Decazeville. Sous-produit du zinc, le cadmium était massivement présent dans des terrils lessivés par les pluies et partait vers le Lot, la Garonne puis l'estuaire de la Gironde, où il était piégé par les sédiments du bouchon vaseux. « À l'époque, personne ne savait ce qu'était le cadmium. On était perçus comme des empêcheurs de tourner en rond », ajoute Claude Latouche.

Toujours des apports

Le traitement du minerai a été stoppé en 1987 à Viviez. Ce qui n'a pas mis un point final au problème, loin de là. En 1991, on estimait qu'il restait 200 tonnes de cadmium dans le lit du Lot. « Dès qu'on gratte au fond pour une raison ou pour une autre, dès qu'on travaille sur une écluse, on en renvoie vers l'estuaire », indique Claude Latouche.

La source n'est pas tarie, mais le débit diminue. Selon l'agence de l'eau Adour-Garonne, le flux de cadmium dissous charrié par la Garonne était de 30 tonnes par an dans les années 80. Il serait maintenant inférieur à 1 tonne par an. Mais la question reste ultrasensible. Au sortir de l'estuaire, une partie du cadmium prend la route des pertuis charentais et vient frôler le bassin Marennes-Oléron...

Auteur : Jean-Denis renard
jd.renard@sudouest.com

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Published by Faboisset - dans Observatoire
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