Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 14:33
mardi, 3 juin 2008 à 23:00
Rediffusions :
16.06.2008 à 03:00
Voir le programme
Le voyage des femmes de Zartalé
(France, 2005, 90mn)
ARTE F
Réalisateur: Claude Mourieras


La route de la guérison est longue pour les femmes tuberculeuses d'un village afghan : le voyage pour rejoindre l'hôpital le plus proche est coûteux et dangereux, et les soins médicaux se heurtent aux traditions. Un documentaire éclairant sur la condition des femmes afghanes en milieu rural.


ARTE F © Novaprod

La province de Ghorr, au centre de l'Afghanistan, est une région montagneuse difficile d'accès. Il n'y a pas de routes, pas d'électricité, et le seul centre de santé de la région se trouve dans la petite bourgade de Chaghcharan. Cet hôpital d'une trentaine de lits est le dernier recours pour les paysans des villages environnants lorsqu'ils ont épuisé tous les remèdes de grands-mères et autres talismans vendus par les mollahs des villages. Tout le personnel de l'hôpital est afghan, sauf une sage-femme hollandaise qui travaille pour Médecins du monde.
Dans le terrain qui entoure l'hôpital, une tente accueille à l'écart les femmes tuberculeuses et leur famille pendant les deux mois du traitement. En Afghanistan, ce sont surtout les femmes qui sont touchées par la tuberculose. Mais pour qu'une femme soit soignée, il faut déjà qu'elle existe aux yeux des hommes. Et ce droit à l'existence n'est pas toujours acquis : recluses dans les maisons, dans des villages inaccessibles, leur vie dans la belle-famille est souvent un enfer.
Claude Mourieras a accompagné trois d'entre elles pendant plusieurs semaines dans le village de Zartalé et à l'hôpital de Chaghcharan ; et décrit la complexité du processus de soins tant du point de vue des patients que de leur famille. Quel est le prix à payer pour qu'une femme malade guérisse ? Sa survie est le résultat d'un énorme effort de toute la famille. Son mari et ses plus jeunes enfants doivent l'accompagner à l'hôpital. Pour le mari, rester à l'hôpital, c'est ne rien faire pendant des semaines entières. Qui va nourrir le reste de la famille pendant ce temps-là ? Mais même lorsque le mari, le beau-père ou l'oncle décident de soigner une femme, la route vers la guérison est longue. La religion, les croyances, les habitudes sociales, le manque d'expérience sont autant de problèmes et d'embûches pour les malades. Comment une femme qui n'est jamais sortie de son village, qui ne sait ni lire ni écrire, peut-elle imaginer que, sans l'aide de Dieu, une petite pilule prise à l'heure du repas puisse sauver sa vie ?
Pourtant, la promiscuité de la tente ou des salles communes de l'hôpital permet, sans doute pour la première fois, à des femmes d'échanger leur expérience de réfléchir à la condition qui leur est faite et qu'elles ont, dans une certaine mesure, intégrée et acceptée. L'hôpital et la tente des tuberculeuses deviennent ainsi un lieu de prise de conscience politique, un microcosme où se confrontent tradition et modernité.
Partager cet article
Repost0
29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 15:04
 Affaire Kerviel : la hiérarchie du trader était "défaillante"

LE MONDE | 24.05.08 | 

a Société générale a rendu publics, vendredi 23 mai, deux rapports d'audit sur l'affaire Kerviel, l'incroyable fraude présumée qui lui a coûté 4,9 milliards d'euros, et dans laquelle subsistent quelques zones d'ombre.

Ces rapports, l'un interne, "la mission Green", menée par l'inspection générale de la banque, l'autre rédigé par un cabinet indépendant, PricewaterhouseCoopers, ont été pilotés par un comité de crise présidé par l'ex-président de PSA Peugeot-Citroën, Jean-Martin Folz.

Sévères, accusatoires, ils dévoilent les rouages d'une fraude qui s'est appuyée, selon leurs conclusions, sur la défaillance des contrôles exercés par les supérieurs hiérarchiques directs du trader de 31 ans, Jérôme Kerviel. Mais aussi sur des complicités internes. Ce point sera regardé de près par la justice, qui enquête de son côté sur l'affaire et espère clore le dossier d'ici au 15 juillet.

Les inspecteurs de la banque ont établi une chaîne de responsabilités précise, révélant une édifiante succession de défauts et d'absence de contrôle des opérations financières conduites par celui qu'ils appellent désormais "JK".

Si les systèmes informatiques ont fonctionné, avec 74 alertes déclenchées, surtout en 2007 lorsque, par exemple, les montants engagés par le trader dépassaient les limites autorisées, les responsables, affirment les enquêteurs, n'ont pas tenu compte de ces signaux. Soit ils se satisfaisaient de réponses simplistes, fausses, soit, pis, ils faisaient preuve à l'égard du trader pris en faute, sur des opérations interdites ou des gains anormalement élevés, d'une tolérance coupable. "La hiérarchie a été défaillante. (…) L'encadrement direct de JK s'est avéré lacunaire. (…) Le responsable de la table n'était pas en mesure de maîtriser l'activité de ses traders", dit l'enquête.

Ces négligences graves au cœur de la salle des marchés visent en particulier un homme qui n'avait pas lui-même l'expérience du métier de trader, Eric Cordelle, le supérieur direct de M.Kerviel. Une naïveté que ce dernier aurait su exploiter. La probité de M. Cordelle, cependant, n'est jamais mise en doute, car, assure la banque, le responsable n'a jamais eu connaissance du caractère "frauduleux et fictif" des opérations. Sur ces faits, M. Cordelle a déjà eu l'occasion de s'exprimer. Il estime avoir été "trompé" et subi "un préjudice moral".

Mais l'erreur humaine n'est pas tout. Certains contrôles essentiels n'étaient pas en place, comme celui des engagements "nominaux", c'est-à-dire les montants bruts engagés dans des opérations financières. Seul l'était le solde net entre ces opérations et leur garantie. Au pic de son activité, "JK" avait pu "jouer" 50 milliards d'euros sur les marchés, plus que les capitaux de la banque! Le rapport de l'inspection générale souligne aussi qu'il n'a pas agi totalement seul. Si la recherche d'éventuelles complicités est de la responsabilité de la justice, les enquêteurs versent leurs pièces au dossier, "suspectant de complicité" l'assistant trader du jeune homme : "15% des opérations fictives [ces fameuses positions cachées par "JK" pour masquer les risques pris, au nombre de 947] l'ont été par son assistant trader", est-il écrit, dont une, "le 10 janvier 2008, de 1,5 milliard d'euros". L'assistant aurait eu connaissance des gains extraordinaires réalisés par "JK", lui ayant adressé ce courriel le 31 décembre 2007 : "valo JK +1464129513euros".

Selon nos sources, cet assistant trader n'est pas seul en cause. Trois autres traders proches de "JK" auraient été licenciés. Ce dernier leur aurait "reversé" une partie de ses résultats liés à ses activités, des montants qui leur auraient en fait permis de réclamer d'importants bonus à leur direction. Tous sont finalement partis avant d'avoir pu toucher leur bonus.

A ce sujet, l'enquête de la banque montre que "JK" se servait de ses "positions fictives" pour flatter son résultat, soit l'argent qu'il rapportait à la banque. S'il n'avait pas fait d'opérations interdites, disent les enquêteurs, il n'aurait pas réalisé ces 43 millions d'euros de gains affichés pour 2007. C'est sur la base de ce résultat déclaré que "JK" pensait pouvoir toucher un gros bonus, en 2008. Il avait réclamé 600000 euros à sa hiérarchie, en sus d'un salaire de 100000euros. A ce jour, aucun indice de détournement de fonds n'a été trouvé.

Avant même les conclusions de l'enquête judiciaire, la Société générale a commencé à tirer les leçons de l'affaire Kerviel. Daniel Bouton, très affecté, a confié les rênes de la banque à Frédéric Oudéa. M. Bouton, qui reste président du conseil d'administration, a renoncé à ses primes de 2007 et à six mois de salaire en 2008. Aucun bonus ne sera versé aux responsables hiérarchiques de "JK", dont quatre ont déjà démissionné. Les démissions de Jean-Pierre Mustier et de Christophe Mianné, patrons respectifs de la banque de marchés et des dérivés d'actions, ont été refusées.


Anne Michel
Partager cet article
Repost0
28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 13:24

L'art, c'est un corps libre


Isadora Duncan - Je n'ai fait que danser ma vie

Isadora Duncan (1877-1927) fut la première à affranchir le corps des danseuses en jetant pointes et tutus aux orties. Portrait de l'une des grandes pionnières de la danse moderne.

Chorégraphe et danseuse adulée dans le monde entier, Isadora Duncan fut une révolutionnaire, notamment en refusant les codes sociaux de son temps, en affirmant le droit des femmes à être libres, à pouvoir enfanter en dehors du mariage, à mener une vie financièrement indépendante. Toute sa vie fut un combat pour la liberté, la sienne mais aussi celle des autres. À bien des égards, pourtant, son existence fut une longue suite de tragédies : la mort de ses enfants, noyés dans la Seine, sa passion destructrice pour le poète Sergueï Essenine, enfin sa propre mort spectaculaire, étranglée par une écharpe enroulée au moyeu de la roue d'une Bugatti sport, sont des images qui l'ont hissée au rang de mythe. Les auteurs de ce film ont demandé à quelques-uns des chorégraphes majeurs de la danse contemporaine d'évoquer sa personne et son art : Bill T. Jones, Carolyn Carlson, Boris Charmatz... Comme Kathleen Quinlan et Elizabeth Schwartz, deux artistes qui perpétuent la technique et l'esprit de la grande Isadora, tous reconnaissent l'importance de l'héritage Duncan et s'en réclament aujourd'hui.

(France, 2007, 57mn)
ARTE F
Réalisateur: Elisabeth Kapnist


Video Arte TV




Partager cet article
Repost0
28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 13:05

Langaney André

Langaney André (MNHN - univ. Genève)
Professeur au Muséum national d’histoire naturelle et à l’université de Genève.

André Langaney a participé à :




Peu de monde en France connait Monsieur Langaney, c'est un chercheur qui travaille sur le patrimoine génétique de l'ensemble des populations et sur son rapport à l'animal. C'est passionnant et incontournable. La conférence est surtout basé sur l'histoire de l'évolution dans le domaine des sciences naturelles. A lire en introduction.....


La Plus Belle Histoire de l'Homme 
Partager cet article
Repost0
19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 18:16
Irena Sendler, le 11 avril 2007.


P/Alik Keplicz
Irena Sendler, le 11 avril 2007.


Irena Sendler, qui faisait partie des quelque 6 000 Polonais reconnus comme "Justes parmi les nations" par le mémorial israélien de Yad Vashem pour l'aide qu'ils apportèrent aux juifs pendant la seconde guerre mondiale, est morte lundi 12 mai à Varsovie. Elle avait 98 ans.

Fille d'un médecin catholique connu pour son engagement contre l'antisémitisme, Irena Sendler occupe un poste d'assistante sociale au sein de l'administration municipale quand les troupes allemandes entrent dans Varsovie, en septembre 1939. Un an plus tard, les nazis décident de séparer les juifs du reste de la population. Désormais, 400 000 personnes (un tiers des habitants de la capitale) vivent entassées derrière un mur de 3 mètres de haut surmonté de barbelés. Les conditions de vie y sont terribles.

 

Aux yeux de la jeune femme, qui compte de nombreux amis juifs, la situation est inacceptable. Grâce à quelques complicités, elle obtient l'autorisation de se rendre dans le quartier - où les non-juifs n'ont normalement pas le droit de pénétrer - pour y introduire de la nourriture, des vêtements et des médicaments. Notamment des vaccins contre le typhus, qui fait des ravages.

En juillet 1942, les Allemands lancent une grande rafle. Chaque jour, 5 000 habitants du ghetto sont parqués dans des trains à destination du camp d'extermination de Treblinka, situé à une centaine de kilomètres au nord de Varsovie. Deux mois plus tard, il ne reste plus que 30 000 juifs dans le quartier. C'est alors que se constitue le Conseil d'aide aux juifs (Zegota), une organisation clandestine liée au gouvernement polonais exilé à Londres. Irena Sendler en fait partie dès le début.

Elle n'a plus alors qu'une seule obsession : sauver les enfants. Ce qui suppose d'abord de convaincre les parents de s'en séparer. A la fin de sa vie, elle évoquera encore les "scènes infernales" auxquelles elle a assisté à l'époque. Parfois, racontera-t-elle, "le père était d'accord mais pas la mère. La grand-mère caressait la tête du petit en hurlant qu'elle ne le laisserait jamais partir. Dans ce cas, il nous était impossible d'arracher les enfants à leur pauvre famille. Souvent, quand je revenais le lendemain, je découvrais qu'ils avaient tous été conduits sur l'Umschlagsplatz, d'où on les emmenait vers les camps de la mort".

AU PÉRIL DE SA VIE

Avec l'aide de quelques complices et au péril de sa vie - toute personne aidant des juifs risque alors la peine de mort -, la jeune femme réussit néanmoins à faire sortir du ghetto environ 2 500 enfants. Les plus petits sont cachés dans des sacs ou des valises, tandis que les plus grands passent par les caves ou les égouts pour rejoindre la partie "aryenne" de la ville. Munis de faux papiers, ils sont ensuite confiés à des familles d'accueil ou à des institutions religieuses.

En octobre 1943, cinq mois après la liquidation du ghetto par les Allemands, Irena Sendler est arrêtée chez elle par une dizaine d'agents de la Gestapo. Transférée dans la terrible prison de Pawiak, où elle garde le silence malgré les tortures qui lui sont infligées, elle réussit à s'évader quelques heures avant le moment fixé pour son exécution grâce à un gardien que les membres de Zegota ont soudoyé.

Pendant un an encore, "Jolanta" (son nom dans la clandestinité) continue de rendre visite aux enfants qu'elle a sauvés. A la Libération, des associations juives essaieront de les retrouver pour les rendre à leurs familles. Elles s'appuieront pour cela sur les listes de noms que la jeune femme avait pris soin d'enterrer dans des pots sous le pommier d'une amie...

Pendant plus d'un demi-siècle, Irena Sendler est restée pratiquement inconnue en Pologne. Depuis, les honneurs se sont multipliés. En 2003, en plein débat sur la responsabilité du peuple polonais dans la Shoah, le président Aleksander Kwasniewski lui remet l'Aigle blanc, la plus haute distinction civile du pays. En 2007, reprenant l'idée avancée par un groupe d'étudiants du Kansas, son successeur, Lech Kaczynski, ira jusqu'à soutenir sa candidature pour le prix Nobel de la paix.

Depuis sa chambre d'hôpital, la vieille dame refusait qu'on la qualifie d'"héroïne". "J'ai la mauvaise conscience de celle qui a le sentiment d'avoir fait trop peu, disait-elle. J'aurais pu faire beaucoup plus. Ce regret me poursuivra jusqu'à ma mort." La mort l'a emportée le jour même où était inaugurée, au coeur de Varsovie, une école à son nom.

Thomas Wieder
Article paru dans l'édition du 18.05.08.

15 février 1910

Naissance à Varsovie

1942-1943

Participe au sauvetage de 2 500 enfants juifs du ghetto de Varsovie

1965

Reconnue comme "Juste parmi les nations" par Yad Vashem

12 mai 2008

Mort à Varsovie

Partager cet article
Repost0
18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 19:59
No logo, à la mode Sarkozy LE MONDE | 17.05.08 | 14h33 • Mis à jour le 17.05.08 | 14h33

Oubliés les marins du Guilvinec (Finistère), les visiteurs hostiles du Salon de l'agriculture : Nicolas Sarkozy ne veut plus laisser au hasard la mise en scène de ses apparitions publiques ni le choix de ses interlocuteurs. Vendredi 16 mai, à Melun (Seine-et-Marne), c'était au tour des militants CGT d'affronter les méthodes musclées et expéditives des forces de police, trois jours après ceux de Vienne (Isère).

Objectif des forces de l'ordre ? Débarrasser les syndicalistes de leurs accessoires les plus voyants, avant de les laisser s'approcher. Cette fois-ci, pour les policiers, l'arme du crime de lèse-présidence prend la forme d'une série de produits dérivés de la CGT : casquettes, autocollants et tee-shirts... rouges.

Quelques minutes avant l'arrivée du président, une vingtaine de salariés de l'ANPE qui veulent dire au chef de l'Etat leur opposition à la fusion avec l'Unedic sont fouillés. L'une des fonctionnaires de police, en civil, sort d'un sac en plastique qui leur appartient quelques produits estampillés du syndicat et s'en empare. "Vous nous avez arraché des mains du matériel syndical", proteste Margot Unbriener, responsable régionale de la CGT-ANPE. "C'est une atteinte à la liberté d'expression", poursuit-elle, polie mais la voix émue par le procédé. "On nous traite comme une organisation clandestine, comme des malfrats", proteste un autre militant CGT.

La policière demande aux militants de passer derrière les barrières de sécurité avant l'arrivée du cortège présidentiel, mais refuse de rendre son butin, sous l'oeil d'une demi-douzaine de journalistes.

"INSULTE À LA DÉMOCRATIE"

Aucune banderole n'est visible dans ce magot. Profitant du repli des syndicalistes derrière les barrières, elle confie à l'un de ses collègues masculins les objets qu'elle a confisqués : "Va mettre ça à l'intérieur." Une militante explique : "On nous a dit qu'il y avait une alerte de niveau 4... mais nous ne sommes pas des terroristes !" "Je n'ai jamais dit cela, nous avons saisi des banderoles et des objets qui pouvaient servir de projectiles", affirme la fonctionnaire de police à des journalistes qui l'interrogent sur "la base légale" de sa saisie.

De l'autre côté du trottoir, une autre fonctionnaire, probablement des renseignements généraux, en tailleur sombre et lunettes noires, mais identifiable grâce à son brassard rouge "police", mitraille la scène avec son appareil photo, figeant les portraits des militants et des journalistes.

Trois jours plus tôt, quelque 150 personnes venues manifester à l'occasion de la visite du président à Vienne (Isère) avaient, elles, été carrément repoussées par les forces de l'ordre, qui avaient en outre saisi des tracts de la CGT. "La police m'a interdit d'accéder à la place publique où doit arriver Nicolas Sarkozy sans que j'aie rien fait, on m'a mis à l'écart sans me donner de motif", avait expliqué à l'AFP Jean-Michel Rabut, l'un des responsables CGT à Vienne, venu participer à une manifestation à l'appel de son syndicat, de la LCR, du PCF et du PS.

On ne nous permet pas d'être sur place et de manifester", avait déploré pour sa part la première adjointe au maire PCF de Roussillon, Maryse Dihl, dénonçant une "insulte à la démocratie". "Il n'y a pas eu de maintien de l'ordre organisé, mais seulement des interventions sur de petits groupes et la saisie de banderoles injurieuses", avait-on répliqué côté police.

A Melun, vendredi, le petit groupe de militants CGT a été autorisé à approcher le président. Mais pas avant qu'ait été dressé le décor d'un dialogue pacifié. Car Nicolas Sarkozy veut changer de registre.

Plus question de rejouer la scène des marins-pêcheurs du Guilvinec où, insultés par des individus du haut d'un pont, le président s'était énervé : "Qui est-ce qu'a dit ça ? C'est toi qui as dit ça ? Ben descends un peu le dire. Si tu crois que c'est en insultant que tu vas régler le problème des pêcheurs. Ben, permets-moi de te dire... Viens, viens, viens !" Ni de perdre ses nerfs en répondant à un visiteur qui refusait de lui serrer la main, au Salon de l'agriculture : "Casse-toi, pauvre con !"

A Melun, il sort de sa voiture pour aller aussitôt à la rencontre de la vingtaine de militants de la CGT. Margot Unbriener, qui prend la parole au nom du groupe, se plaint que sa casquette ait été saisie par les forces de l'ordre. "Je ne l'ai pas volée pour moi !", rétorque le président. Il enchaîne aussitôt, à l'adresse du petit groupe qui n'était pourtant pas inscrit au programme : "D'abord, je voulais vous dire merci de vous être déplacés pour me rencontrer." Les militants trouvent la ficelle un peu grosse... "Si, si", insiste le président.
Margot ne baisse pas les armes. Elle interpelle le président, elle l'interrompt, elle discute. Nicolas Sarkozy campe sur ses positions, défend ses réformes, mais joue avec elle. "Vous êtes un beau parleur !", lui lance Margot, un peu à court d'arguments. "Oh, parleur tout court ! Pourquoi beau ?", répond-il.

Au bout de cinq minutes, le président est sûr d'avoir conquis Margot. Il lui touche le bras, comme on ferait à une amie. Elle en rit : "Mon amoureux est jaloux, il ne veut pas que vous me touchiez." L'amoureux, derrière elle, se défend : "C'est parce que je sais que vous avez bon goût !" Le président répond du tac au tac : "Je vous présenterai Carla !" Sous le soleil, Margot commence à avoir chaud. "Si vous enleviez votre truc, vous auriez moins chaud !", lui fait alors remarquer le président, agrippant le brassard de plastique marqué du logo CGT porté par Margot, le seul qui ait échappé à la prise policière... Encore un brassard de trop ?

Christophe Jakubyszyn Article paru dans l'édition du 18.05.08
Partager cet article
Repost0
18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 19:40
Partager cet article
Repost0
18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 18:16
Chronique
Ça chauffe !, par Robert Solé
LE MONDE | 17.05.08 

ous savions que l'obésité était un fléau : pour ceux qui en souffrent d'abord, et accessoirement pour le budget de la Sécurité sociale. Mais une nouvelle source d'inquiétude nous est apportée par deux chercheurs de la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Selon leur étude, que publie la revue Lancet, les obèses et les personnes en surpoids contribuent au réchauffement climatique. Eh oui ! Ils mangent davantage et utilisent plus de carburant pour se déplacer. Ce faisant, ils accentuent les pénuries alimentaires et la hausse des prix de l'énergie. Les chercheurs ont chiffré tout cela, minutieusement.

Sans vouloir ajouter à la panique, j'attire l'attention sur un aspect encore plus préoccupant. Le réchauffement climatique est favorisé par des chercheurs qui, travaillant tard le soir à la lumière électrique, font des recherches inutiles sur des sujets à la mode, enfoncent des portes ouvertes, pédalent dans la choucroute, publient des études volumineuses, s'expriment avec enflure, sont bouffis de certitudes et nous étouffent sous leurs montagnes de statistiques à la noix.


Robert Solé
Article paru dans l'édition du 18.05.08
Partager cet article
Repost0
14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 14:20
Robert Rauschenberg est mort. Va-t-on s'en plaindre ? J'ai aimé en son temps son  Bed (1955), un lit vertical maculé de coulures de peinture. Mais la postérité tend pour le moins les oeuvres de R à l'usure du trop vu et du trop célèbre. On  se doute que les marchandises de Monsieur R vont montées en flêche à la bourse mondiale des produits culturels. Le décés de l'artiste repose l'étenelle question de la valeur [ non d'une oeuvre, qui reste entièrement le sujet de son auteur mais] de ses oeuvres, qui restent elles du domaine subjectif du temps économique de notre culture.  
Partager cet article
Repost0
14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 14:14
«Ce sont mes mains qui me servent de cerveau»
Par deux fois, en 1997 et en 2005, Robert Rauschenberg a livré au cours d’entretiens quelques confessions et souvenirs :
Recueilli par Henri-François Debailleux et Elisabeth Lebovici
mercredi 14 mai 2008

 

Au long de deux entretiens, publiés dans Libération en septembre 1997 et juillet 2005, Robert Rauschenberg détaillait son parcours, sa technique et sa conception de l’art et de la vie. En voici la quintessence, réorganisée par thématiques.

Devenir artiste

«Je n’ai jamais décidé de devenir artiste. J’ai toujours peint, et toujours fait autre chose. C’est venu des autres. Lorsque j’étais dans la marine (1944-1945), j’avais une petite amie qui m’a convaincu que j’avais du talent. Je l’ai suivie, je suis entré dans une école d’art. Mais ma grande peur est de venir à bout du monde. Je dépends entièrement de ce que je ne connais pas encore.»

Un pneu, une boîte, un carton

«Les objets que j’utilise sont la plupart du temps emprisonnés dans leur banalité ordinaire. Aucune recherche de rareté. A New York, il est impossible de marcher dans les rues sans voir un pneu, une boîte, un carton. Je ne fais que les prendre et les rendre à leur monde propre… Quand j’ai commencé à travailler sur les Combine Paintings, à l’origine, c’était une question d’économie. Je n’avais pas d’argent, je commençais à manquer de matériaux et je me suis aperçu que les rues étaient généreuses. Avec ces objets trouvés, en trois dimensions, j’ai découvert que puisque je pouvais peindre sur un côté de la surface, je pouvais aussi bien le faire sur l’autre. Les Combine Paintings devenaient ainsi des façades, des facettes demandant autant d’attention de chaque côté. Elles me permettaient de m’ouvrir, m’imposaient plus de responsabilités et me proposaient un nouveau défi.»

Transformer l’objet

«Certes, je frayais avec les artistes correspondant à ce que les gens appellent pop art ; le problème, c’est que j’en avais déjà fini avec tout ce qui pouvait ressembler à ce mouvement quand il a commencé, qu’Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Tom Wesselmann ont débuté. J’avais une approche totalement différente de l’objet. Le pop art veut que l’objet reste objet en soi, dans son lieu propre, avec sa marque propre et son usage propre. Alors que, dans mes premiers travaux, j’étais déjà plus attaché à le transformer. L’objet devait devenir quelque chose d’autre et c’était donc une coïncidence si on le reconnaissait.»

Modèle absolu

«Picasso d’abord. Puis, au fur et à mesure que j’évoluais, Matisse est devenu le modèle absolu. J’aime son lyrisme, sa distinction, son raffinement, sa clarté, sa simplicité. Il innove sans cesse, toujours excellent.»

Travailler, sans cesse

«Dans ma vie, j’ai toujours ressenti de la joie en travaillant. Je ne sais si j’ai tort ou raison, mais je pense que presque tous les artistes éprouvent une part de cette joie. Moi, j’en ai même trop (rires)… Ce qui fait que je passe mon temps à travailler, sans cesse. Je n’ai aucune idée précise avant de commencer. Ce sont mes mains qui me servent de cerveau.»

Le moment présent

«C’est la danse qui rend claire la conscience du moment présent, partagé à la fois par le danseur et le spectateur. Le corps est l’événement et cet événement n’existe qu’une fois, par la grâce d’un corps avec ce qui le compose, ce qu’il a mangé, pensé, tout ce qui le fait différer du jour précédent. Pour moi, ce présent est l’honnêteté ultime. Il est frustrant que l’art du peintre ou du sculpteur ne puisse jamais approcher ce présent toujours changeant, ne dise jamais rien de cette vie du corps indépendant de l’art…»

Enregistrer le temps

«Quand j’utilise des images, je m’efforce de montrer que le moment est passé. La photo arrive inévitablement toujours trop tard : j’utilise ainsi beaucoup d’images imprimées, déjà reproduites, qui accusent ce caractère. La meilleure leçon à tirer de la photo est qu’on ne peut pas retourner au moment où elle a été prise. Par la série, on peut certes essayer de suggérer qu’on veut enregistrer le temps. Mais c’est juste une idée sentimentale : le temps passe même quand vous voulez le retenir. Tout mon travail dans le champ de l’art est d’impliquer et intensifier l’attention du spectateur sur ce miracle qu’on appelle un instant donné, un moment particulier.»

Notion de défi

«Toutes mes évolutions sont organiques. Quand je travaille la peinture un certain temps, je me mets à avoir faim de sculpture. Et si la sculpture dure trop, je me tourne vers la danse. La variété et les changements de matériau m’ont toujours stimulé. Tant que le style, la technique ou la préoccupation continuent d’être un mystère, c’est de l’art vivant. Si je change de façon drastique, c’est pour garder la notion de défi. J’aime me lancer à la découverte des choses que je ne connais pas et que je ne comprends pas encore. Dans ma vie, j’ai toujours eu trop de curiosité, été trop impatient.»

Partager cet article
Repost0