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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 16:38
TROIS QUESTIONS A CORINE SOMBRUN :
Garder l’harmonie entre l’homme et la nature
Après son “Journal d’une apprentie chamane” (Albin Michel, 2002), Corine Sombrun poursuit son voyage à travers les chamanismes du monde. Une approche à la fois ethnologique, journalistique et personnelle, qu’elle rapporte dans “Une Parisienne en Mongolie. Mon initiation chez les chamans” (Albin Michel, 2004).

Psychologies : Qu’est-ce que le chamanisme ?
Corine Sombrun : Une tradition spirituelle qui remonte à au moins vingt mille ans et s‘est répandue sur tous les continents avec une variété infinie de rituels et de pratiques. Tous les chamans ont un point commun : la transe, qui leur permet de modifier leur état de conscience pour entrer dans un monde où ils reçoivent l’enseignement des « esprits », où pouvoir leur est donné pour guérir, interpréter les rêves, voir l’avenir, garantir l’harmonie entre les hommes et la nature.

Comment reconnaît-on un vrai chaman ?
Le vrai chaman n’explique pas comment il faut penser et ne délivre pas de mode d’emploi. C’est un guide qui donne des outils pour aider à découvrir sa propre connaissance. Chaque chaman a ses propres méthodes. Elles servent à aider les autres à se libérer, et non à s’enfermer dans une croyance.

Tout le monde peut-il s’initier au chamanisme ?
A un certain niveau seulement. Il existe aujourd’hui des stages pour apprendre à se purifier, à se trouver soi-même, avec des rituels ou des méthodes chamaniques. Mais c’est du développement personnel. L’expérience de la transe profonde, elle, ne peut s’effectuer qu’avec de véritables chamans. Quant à devenir chaman soi-même, il faut avoir été « désigné par les esprits » !
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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 18:53
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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 11:39
Les pesticides omniprésents dans l'alimentation, en France
LE MONDE | 07.05.08 | 

'importance de l'exposition aux pesticides, notamment par voie alimentaire, est mise en évidence par deux études. La première, réalisée par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et publiée fin avril, montre que 6 % des fruits et légumes testés présentaient des teneurs en pesticides dépassant la limite maximale de résidus (LMR). La seconde, présentée mercredi 7 mai par l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris), conclut que "les enfants franciliens sont exposés à des pesticides variés, dont certains interdits depuis plusieurs années, alors que leurs parents ne sont pas professionnellement exposés".

Sur les 3 500 échantillons de fruits et légumes prélevés en 2006 par la DGCCRF, 55,6 % ne contenaient pas de    résidus de pesticides. Des teneurs inférieures à la LMR ont été détectées dans 38,4 % de ces échantillons. Mais, pour les légumes, 6,3 % des échantillons sont non conformes, car excédant la LMR. "Les dépassements concernent essentiellement les poivrons et piments, les lentilles et les aubergines", précise la DGCCRF, qui indique que "les salades, les pommes de terre, les endives, les carottes et les tomates ont un taux de dépassement de la LMR inférieur à la moyenne".

Les pesticides sont plus fortement présents dans les fruits : 58,6 % des échantillons comportaient des résidus à des teneurs inférieures au maximum autorisé et 5,5 % étaient non conformes. "Les dépassements concernent essentiellement les fraises, les mandarines, les poires. Les oranges, les avocats et les pommes ont un taux de dépassement de la LMR inférieur à la moyenne", note la DGCCRF.

Le pourcentage de non-conformité a très légèrement diminué par rapport à l'année précédente, passant de 6,7 % à 6 %, mais les données de l'année 2004 indiquaient un taux de 3,9 %. Pour François Veillerette, président du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), ces chiffres "montrent l'urgence de mettre en application la mesure de réduction de l'usage des pesticides prise dans le cadre du Grenelle".

L'étude de l'Ineris, réalisée avec l'université Paris-V, a évalué l'exposition aux pesticides de 130 enfants répartis dans l'Ile-de-France, 73 vivant en pavillon et 57 en appartement. Un total de 31 composés (insecticides, herbicides et fongicides) a été pris en compte et les prélèvements ont été effectués dans l'air, sur les poussières au sol et sur les mains des enfants. Les produits du métabolisme des insecticides ont été recherchés dans les urines.

Au moins un produit de type pesticide se trouvait dans 94 % des logements : insecticide dans 93 % des cas, fongicide pour les plantes dans 30 % des cas et herbicide dans 32 %. Le lindane, un insecticide désormais interdit en France, était le pesticide le plus fréquemment retrouvé dans l'air (88 % des logements).

Le fait le plus marquant porte sur les pesticides organophosphorés : 70 % des enfants excrétaient au moins l'un des six métabolites urinaires des organophosphorés, alors que ceux-ci étaient détectés moins fréquemment dans l'environnement intérieur.

"Cela peut signifier qu'il existe une autre source d'exposition que celles que nous avons recherchées. Cela pourrait être la voie alimentaire, indique Olivier Blanchard, responsable de l'étude. Des prélèvements alimentaires seraient donc indispensables pour passer au stade des certitudes sur la voie alimentaire d'exposition aux pesticides."


Paul Benkimoun
Article paru dans l'édition du 08.05.08
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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 11:27
Roland Gori, psychanalyste et professeur de psychopathologie
Norme psychiatrique en vue
LE MONDE | 03.05.08 |

n parle de plus en plus de "santé mentale", de moins en moins de "psychiatrie". Où nous mènera, demain, cette tendance ?

Nous sommes entrés dans l'ère d'une psychiatrie postmoderne, qui veut allouer, sous le terme de "santé mentale", une dimension médicale et scientifique à la psychiatrie. Jusqu'à présent, cette discipline s'intéressait à la souffrance psychique des individus, avec le souci d'une description fine de leurs symptômes, au cas par cas. Depuis l'avènement du concept de santé mentale, émerge une conception épidémiologique de la psychiatrie, centrée sur le dépistage le plus étendu possible des anomalies de comportement. Dès lors, il n'est plus besoin de s'interroger sur les conditions tragiques de l'existence, sur l'angoisse, la culpabilité, la honte ou la faute ; il suffit de prendre les choses au ras du comportement des individus et de tenter de les réadapter si besoin.

Quel a été l'opérateur de ce changement ?

Le DSM (Diagnostic and Statistical Manual), sorte de catalogue et de recensement des troubles du comportement créé par la psychiatrie américaine. En multipliant les catégories psychiatriques (entre le DSM I et le DSM IV, soit entre les années 1950 et les années 1990, on est passé de 100 à 400 troubles du comportement), il a multiplié d'autant les possibilités de porter ces diagnostics. Aujourd'hui, on est tombé dans l'empire des "dys" : dysthymique, dysphorique, dysérectile, dysorthographique, dyslexique... Chaque individu est potentiellement porteur d'un trouble ou d'une dysfonction. Ce qui étend à l'infini le champ de la médicalisation de l'existence et la possibilité de surveillance sanitaire des comportements.

Comment cette conception de la psychiatrie a-t-elle pu s'imposer ?

Par sa prétention à la scientificité. La santé mentale ne s'est pas imposée à des sujets victimes, passifs, mais à des individus consentants. Depuis l'effacement des grandes idéologies, l'individu se concocte son propre guide normatif des conduites, qu'il va souvent chercher dans les sciences du vivant. Résultat, ce sont les "prophètes de laboratoires" qui nous disent comment se comporter pour bien se porter.

Quel sera le soin de demain, compte tenu de cette évolution ?

Je ne suis pas certain que les dispositifs de santé mentale aient le souci de soigner, et encore moins de guérir. Ils sont plutôt du côté d'un dépistage précoce et féroce des comportements anormaux, que l'on suit à la trace tout au long de la vie. Or, en s'éloignant du soin, la santé mentale utilise des indicateurs extrêmement hybrides. Ainsi de l'expertise collective de l'Inserm (2005) qui préconisait le dépistage systématique du "trouble des conduites" chez le très jeune enfant pour prévenir la délinquance : elle mélangeait des éléments médicaux, des signes de souffrance psychique, des indicateurs sociaux et économiques, voire politiques. On aboutit ni plus ni moins, sous couvert de science, à une véritable stigmatisation des populations les plus défavorisées. Ce qui en retour naturalise les inégalités sociales.

Le repérage fin des troubles ne permet-il pas au contraire de mieux soigner ?

Je crois qu'il permet en réalité d'étendre le filet de la surveillance des comportements, en liaison permanente avec l'industrie pharmacologique. La production de nouveaux diagnostics est devenue la grande affaire de la santé mentale. Voyez le concept de "troubles de l'adaptation" : il est suffisamment flou pour qu'on puisse l'attribuer à chaque personne en position de vulnérabilité. Quelqu'un qui est stressé au travail ou qui est angoissé par une maladie grave peut ainsi développer une "réponse émotionnelle perturbée", qui sera considérée comme trouble de l'adaptation. La réponse sera de lui administrer un traitement médicamenteux, accompagné d'une thérapie cognitivo-comportementale pour l'aider à retrouver une attitude adaptée. Ainsi, la "nouvelle" psychiatrie se moque éperdument de ce qu'est le sujet et de ce qu'il éprouve. Seul importe de savoir s'il est suffisamment capable de s'autogouverner, et d'intérioriser les normes sécuritaires qu'on exige de lui.

Quel sera, dans ce contexte, le rôle du psychiatre ou du psychologue ?

On peut craindre que l'on demande aux psys d'être davantage des coachs que des soignants. Depuis quelques années, on assiste à une multiplication hyperbolique de la figure du coach, devenu une sorte de super-entraîneur de l'intime, de manager de l'âme. Les dispositifs de rééducation et de sédation des conduites fabriquent un individu qui se conforme au modèle dominant de civilisation néolibérale : un homme neuro-économique, liquide, flexible, performant et futile.

Y aura-t-il encore une place pour la psychanalyse ?

Celle-ci est totalement à rebours de ces idéologies, en ce qu'elle fait l'éloge du tragique, de la perte, du conflit intérieur, d'un certain rapport à la mort et au désir. Elle peut donc disparaître en tant que pratique sociale. Mais je pense que ce qu'elle représente - une certaine philosophie du souci de soi, qui tend à construire un sujet éthique responsable - ne disparaîtra pas.

A cet égard, il est frappant de voir que la psychanalyse, désavouée par la santé mentale, est actuellement requise dans les services de médecine non psychiatrique. Tout se passe comme si les médecins, à l'inverse des nouveaux psychiatres, reconnaissaient qu'il y a une part hétérogène au médical, qui est que toute maladie est un drame dans l'existence, et qu'il faut aider le patient à traverser cette épreuve. De même, bien que la psychanalyse ne soit pas à la mode dans notre culture, la demande ne fait que croître dans les cabinets.


Propos recueillis par Cécile Prieur

Psychiatres en baisse

La France devrait compter 8 800 psychiatres à l'horizon 2025, soit 36 % de praticiens en moins par rapport à 2002.

Malades en hausse. Le taux de malades admis dans les services de santé mentale est passé de 99 pour 100 000 habitants en 1950 à 380 en 1978, puis à 430 en 1998. Les durées de séjour, elles, n'ont cessé de diminuer.

À lire. Exilés de l'intime, la médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique, de Roland Gori et Marie-José Del Volgo. Ed. Denoël, 2008, 344 p., 22 euros.
L'Empire des coachs, une nouvelle forme de contrôle social, de Roland Gori et Pierre Le Coz. Ed. Albin Michel, 2006, 200 p., 15 euros.

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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 21:35
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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 21:12
Douglas Kennedy est écrivain, auteur des "Charmes discrets de la vie conjugale".
L'écrivain, l'Amérique et les femmes LE MONDE | 19.04.08 | 

our la première fois dans l'histoire américaine une femme, Hillary Clinton, fait partie des candidats crédibles à la présidence des Etats-Unis. Croyez-vous à ses chances ?


J'ai des doutes quand je vois où en sont les femmes américaines. Dans ma génération post-soixante-huitarde, toutes les filles qui allaient à l'université étaient féministes. Trente ans après, au moins 60 % de celles que je connaissais sont femmes au foyer. Début mars, le gouverneur démocrate de l'Etat de New York, Eliot Spitzer, a dû démissionner parce que le New York Times avait révélé ses relations avec une call-girl. On se serait cru dans un de mes romans : ce même homme, quand il était attorney général, avait fait voter une loi pour que les clients des prostituées soient considérés comme coupables. Il se retrouve pris à son propre piège, exposé aux yeux de tous comme un hypocrite. Mais le plus étonnant, c'est le rôle dévolu à sa femme, qui se tenait à son côté pendant sa séance d'aveux publics. Il faut savoir que Mme Spitzer est une avocate qui a fait son droit à Harvard. Elle menait une brillante carrière qu'elle a sacrifiée pour celle de son mari. Je trouve ça incompréhensible.


Et le fait qu'un homme politique, au début du XXIe siècle, soit obligé de démissionner à cause d'un scandale sexuel, cela vous étonne ?

Pas vraiment. Le puritanisme est ancré dans l'histoire américaine, mais le libertinage aussi. Il faut se souvenir que les deux premières colonies dans ce qui allait devenir les Etats-Unis ont été Jamestown, en Virginie, et Boston, en Nouvelle-Angleterre. Jamestown, c'était Las Vegas avant l'heure. La débauche, les esclaves, le rhum qui coule à flots... Et puis il y avait Boston, où le célèbre théologien protestant Jonathan Edwards (1753-1758) annonçait l'imminence de la fin des temps. Les deux âmes de l'Amérique sont là. De quoi parle le premier grand roman américain, La Lettre écarlate, de Nathaniel Hawthorne ? De sexe, de puritanisme et du rôle des femmes ! D'ailleurs, j'ai choisi de nommer l'héroïne de mon roman, Les Charmes discrets de la vie conjugale, Hannah, en hommage à l'héroïne de Hawthorne.

L'Amérique un peu schizophrène que vous décrivez serait-elle prête à élire une femme ?

C'est la grande question. Cette élection a une importance capitale pour l'Amérique après sept ans au pouvoir de M. Bush et de ses camarades chrétiens. Cela fait près de trente ans que le pays est travaillé par les guerres culturelles (culture wars), le conflit entre les valeurs des conservateurs et celles des progressistes. Depuis Reagan, le Parti républicain a compris que, pour gagner la Maison Blanche, il fallait ouvrir un gouffre entre une partie de l'opinion et - pour résumer - des gars comme moi, qui viennent de la Côte est, boivent du vin blanc, voyagent à l'étranger, ont des amis homosexuels, parlent français... Autant dire des "faux Américains". C'est fou le nombre d'Américains qui ont voté Bush en pensant voter pour Dieu et pour le drapeau. Même si c'était contraire à leurs intérêts. Cette Amérique-là est-elle prête à élire une femme ? Selon moi, Barack Obama pourrait gagner le duel contre John McCain, mais Hillary Clinton, non.


Pourtant, Hillary Clinton a l'air compétente, sérieuse, expérimentée...

Et elle l'est ! Au Sénat, elle a gagné l'estime générale par son travail, sa connaissance des dossiers. Il y a aussi le souvenir positif laissé par les deux mandats de son mari. Personne ne croit trop qu'ils forment encore un couple amoureux, mais ce n'est pas le problème. Bill et Hillary ont passé un accord, je dirais presque un pacte faustien, par lequel il s'est engagé à l'aider à conquérir à son tour la Maison Blanche. Mais moi, je ne vois pas le pays accepter d'être dirigé par une femme, et surtout une femme comme Hillary, très indépendante, féministe même.


Comment l'expliquez-vous ?

Les Etats-Unis ont un problème avec le père. C'est la figure omniprésente de la plupart des grands romans, des grandes pièces depuis Mort d'un commis voyageur, d'Arthur Miller, des grands films dont There will be Blood, que je considère comme le film de la décennie, ou Le Parrain, ou même des dessins animés comme Le Roi Lion. Père-fils, père-fils : ce rapport est obsessionnel, il est partout. Le centre de la vie américaine est la grande entreprise, or on ne fait pas mieux, comme image du père, que la corporation. Les présidents préférés des Américains ont toujours été des figures paternelles : Washington, Lincoln, Roosevelt, Reagan, et même Bush senior. Hillary Clinton ne peut pas incarner une figure paternelle. La seule idée qu'une femme deviendrait chef suprême des armées en inquiète plus d'un.


Le rapport entre les sexes est-il plus conflictuel aux Etats-Unis ?

Je vous répondrai par une plaisanterie. C'est quoi le capitalisme ? C'est quand une jeune fille américaine devient une femme américaine ! Plus sérieusement, votre question nous ramène à la question du puritanisme. Du temps où j'étais à l'université, plusieurs de mes professeurs avaient des étudiantes pour maîtresses, et personne n'y trouvait à redire. Aujourd'hui, ce serait impossible. Les professeurs ont pour consigne de ne jamais fermer la porte quand ils reçoivent une étudiante. Un de mes amis s'est trouvé dans une situation délicate : une de ses étudiantes faisait une fixation sur lui. Il a dû aller consulter le "sex officer" du campus, un responsable administratif chargé de régler de tels cas, qui lui a conseillé de lui rendre compte de chacune de ses entrevues avec cette jeune femme. Tout ça remonte, selon moi, aux années Reagan. C'est lui qui a allumé la guerre des valeurs. Pourtant Ronald Reagan n'était pas du tout religieux, c'était un acteur d'Hollywood qui avait divorcé et avait été un père absent. Il a d'ailleurs présidé à une époque très libertine, marquée par l'ouverture du marché, le sexe facile, le règne du fric sans complexe. Mais depuis vingt ans, tout a changé.


En France, Ségolène Royal a fait un bon score. Aux Etats-Unis, pourrait-on imaginer qu'une mère de quatre enfants, non mariée, suive un parcours équivalent ?

Non mariée, cela poserait sans doute un problème. Divorcée, cela passerait sans doute mieux. Mais je ne veux pas parler de la politique française, même si j'habite ici depuis sept ans. D'ailleurs, ma dispute est avec l'Amérique, pas avec la France ! Même quand un de mes romans se déroule à Paris, comme La Femme du Ve, j'y règle mes comptes avec mon pays natal. Franchement, je n'imagine pas que les Etats-Unis soient prêts à élire présidente une femme, quelle qu'elle soit. Et surtout pas une femme démocrate. Hillary Clinton a été victime d'attaques inouïes durant sa carrière, elle a été diabolisée par le camp républicain. Le couple Clinton n'a jamais eu de répit pendant tout son séjour à la Maison Blanche. Pendant trois ans, il y a eu l'affaire immobilière Whitewater, qui a fini par se dégonfler, ensuite, pendant presque aussi longtemps, ce fut l'affaire Monica Lewinski. Les républicains ont réussi à jeter une sorte de suspicion sur les démocrates, comme s'ils étaient des Américains moins légitimes. Cela laisse des traces.


L'Amérique doit faire face à un début de récession économique. Dans une période de repli, où chaque catégorie défend ses intérêts, les femmes ne vont-elles pas voter de préférence pour l'une des leurs ?

Je pense qu'environ la moitié des femmes vont voter pour Hillary, parce que c'est une femme et qu'elle est compétente. Mais beaucoup voudront au contraire défendre leur propre image de femmes au foyer, de bonnes mères.


Hillary Clinton est aussi une mère...

Oui, mais cela ne suffit pas à lui concilier toutes les femmes. Son image a été écornée lors de l'affaire Lewinski : les conservatrices ont été choquées et ont assimilé le couple Clinton au péché ; quant aux féministes, elles ont trouvé qu'Hillary Clinton passait un peu facilement l'éponge. Du coup, elle cristallise énormément d'antipathies. Son côté politicienne professionnelle évoque le cliché de la femme d'affaires : dure, impitoyable, sans homme et donc sans morale.


Ces clichés existent aussi ailleurs, et pourtant on a vu des femmes arriver au pouvoir suprême.

Oui. Margaret Thatcher en Angleterre et Angela Merkel en Allemagne. Mais je vous ferai observer que ces pays ont des systèmes parlementaires. Les électeurs votent pour un parti, un programme, et beaucoup moins sur une personne. Aux Etats-Unis, comme en France du reste, on vote pour un personnage. Les représentations et l'affectif prennent une place beaucoup plus importante. Quand une femme réussit, la question qui se pose est "Can you have it all ?", est-ce qu'on peut tout concilier ? Les housewives n'aiment pas trop cette idée, peut-être parce que beaucoup d'entre elles ont renoncé à des carrières alors qu'elles avaient de bons diplômes.

Le roman moderne a commencé avec Madame Bovary, le prototype de la femme au foyer. Flaubert avait compris que l'ennui était le grand sujet moderne. C'est devenu un leitmotiv américain à partir des années 1950, quand toutes les familles qui le pouvaient ont quitté la ville pour s'installer dans des maisons en banlieue. L'ennui des femmes dont le mari rentrait le soir après avoir bu trois Martini dans le train, on trouve ça dans les romans de John Updike, de John Cheever, de Richard Yates. Toute une génération de féministes a réagi violemment après avoir grandi dans cette Amérique-là. Mais aujourd'hui, on a de nouveau Desperate Housewives : c'est Flaubert, cent cinquante ans après.


Douglas Kennedy est un écrivain américain, né en 1955 à Manhattan. Dernier ouvrage paru, "La Femme du Ve"(éd. Belfond, 2007).

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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 15:25
Chaque 19 avril depuis 1945, à midi, Marek Edelman arpente à pied les mêmes rues de Varsovie en direction de l'ancien ghetto juif.
AP/ALIK KEPLICZ

Chaque 19 avril depuis 1945, à midi, Marek Edelman arpente à pied les mêmes rues de Varsovie en direction de l'ancien ghetto juif.


Marek Edelman, le révolté du ghetto LE MONDE | 19.04.08  Varsovie, envoyée spéciale

es commémorations, Marek Edelman se les mijote à sa manière, en privé, loin du ramdam officiel. Chaque 19 avril depuis 1945, à midi, il arpente à pied les mêmes rues de Varsovie en direction de l'ancien ghetto juif. Chaque année, d'un pas de plus en plus fragile, il se recueille quelques minutes, en silence, devant les monuments à la   mémoire des combattants du ghetto. Toujours le même circuit, en trois quarts d'heure. Son fils l'accompagne parfois. Ou sa fille, ou des amis. Au fil des années, le rituel a pris de l'importance, la foule des accompagnateurs a grossi. Une fois, le pape Jean Paul II s'est montré à ses côtés. Une autre, le vice-président américain Al Gore. Toujours au son des chants yiddish et de l'hymne du Bund, ce mouvement socialiste juif né à la fin du XIXe siècle.

Marek Edelman a horreur des commémorations officielles. Un principe. Il vient d'envoyer promener le président polonais, et il n'est pas du genre à y mettre les formes. Lech Kaczynsky lui demandait d'assister, mardi 15 avril, à ses côtés et en présence du président israélien, Shimon Pérès, aux cérémonies du 65e anniversaire de l'insurrection du ghetto de Varsovie. Les deux présidents ont dû se passer de lui. Une fois de plus, l'événement a été célébré sans son héros : Marek Edelman, dernier chef vivant des combattants du ghetto.

Il a tout juste daigné recevoir des mains de Bernard Kouchner, le même jour et dans la même ville, les insignes de commandeur de la Légion d'honneur. Le ministre français des affaires étrangères a rendu un long hommage à ce vieil homme au caractère de cochon et aux héroïsmes multiples : à ce grand combattant, grand médecin, dissident de la Pologne communiste, engagé pour l'intervention occidentale en Bosnie et au Kosovo.

Marek Edelman tire sur sa Gauloise, avale un verre de whisky, ronchonne, rigole un coup, reprend son air revêche, les cheveux en désordre. "Foutez-moi la paix, femme !", lance-t-il régulièrement à la journaliste du Monde, entre deux paroles de sphinx. Encore une Gauloise, encore un whisky, et encore... Il a raconté son incroyable épopée dans des films, dans des livres, assez pour ne plus y revenir. "Nous avions décidé de mourir les armes à la main. C'est tout. C'est plus facile que de donner ses habits à un Allemand et de marcher, nu, vers la chambre à gaz."


Quel âge a le dernier commandant en vie de la révolte du ghetto ? Lui-même ne le sait pas. Ses parents meurent quand il est enfant. La guerre fait disparaître les papiers officiels. Par commodité, on le dit né le 1er janvier 1919, mais les livres indiquent parfois 1920 ou 1922. Au plus, il devrait avoir 89 ans. Le lieu de naissance est plus sûr : Gomel, en Biélorussie. Il est élevé à Varsovie par des amis de ses parents. Mauvais élève, "juif non religieux dans un paysage antijuif". Très politisé et adepte des bagarres de rue contre les groupes fascistes.

Orphelin, Marek Edelman n'a qu'une famille : le Bund, dont ses parents étaient des militants. "Ma mère a juste eu le temps de me transmettre comment le monde devrait être." Le mouvement prône la lutte des classes, l'émancipation des ouvriers juifs, l'autonomie culturelle juive. Antisionistes, les Bundistes jugent irréaliste la création d'un Etat juif en Palestine, et dangereuse sa déviance nationaliste. Certains reconnaîtront Israël ou finiront par y émigrer. Marek, lui, s'y oppose toute sa vie. "Même fini, le Bund est resté sa vie et sa ligne de vie, raconte son fils, Aleksander Edelman. C'était celle de ses parents comme de ceux qui l'ont élevé. C'était aussi celle de ma mère, c'était la nôtre."

Le 12 octobre 1940, les quelque 380 000 juifs de Varsovie, leur étoile de David en brassard sur la manche droite, sont sommés de s'entasser dans le ghetto. Un an plus tôt, dans l'affolement des bombardements, la famille adoptive de Marek a fui vers l'Union soviétique. Le jeune homme est seul. Il a environ 21 ans. Garçon de courses à l'hôpital, il traîne sur la place Umschlagplatz, d'où partent les trains de déportés. Ils seront 400 000 à embarquer pour Treblinka, sans retour. Il aide ceux qu'il peut à fuir les wagons de la mort. On peut mourir autrement, leur dit-il : "Les armes à la main." Il dit aussi : "Nous nous battrons pour que, de l'autre côté du mur, on entende que nous sommes vivants."


La résistance prend forme. L'Organisation juive de combat est créée. Le temps n'est plus aux clivages politiques : le commandant, Mordechaï Anielewicz, est un sioniste de gauche de la Jeune garde. Le commandant en second est un bundiste : Marek Edelman. Ils sont 220, avec quelques dizaines de pistolets en mauvais état, des cocktails Molotov, des grenades, des fusils, une mitraillette. Mais le 19 avril 1943, quand 2 000 à 3 000 Waffen SS pénètrent dans le ghetto, ils rencontrent une armée de diables. Il leur faudra trois semaines et des renforts pour en venir à bout, en mettant le feu au ghetto. Environ 40 combattants échappent à la mort. Marek est parmi eux. Il se souvient de leur sortie par une bouche d'égout, sales et hagards au milieu des passants, à l'aube.

Les juifs polonais, qui étaient 3,3 millions en 1939, ne sont plus que 300 000 en 1945. Les combattants survivants du ghetto émigrent, au Canada, en Israël, ailleurs. Marek, lui, reste en Pologne. Au pays des pogroms et de l'antisémitisme persistant. Pourquoi ? Par fidélité aux juifs disparus ? En mémoire de leur héritage, juif et bundiste ? "Parce que les juifs sont tous partis et qu'il faut bien que je reste. Parce que ce monde-là est fini. Les juifs, c'est fini. S'il doit en rester un seul, ce sera moi."


La femme qu'il rencontre au sortir de la guerre, Alina Margolis, élevée dans la tradition bundiste, est sur la même ligne. Ils restent en Pologne, malgré les pogroms de 1946, malgré l'ouverture des frontières en octobre 1956. Seul le violent regain d'antisémitisme qui secoue le pays à la fin des années 1960 fait vaciller leurs principes.

Marek est un cardiologue réputé à l'hôpital Sterling de Lodz, à l'origine de la première transplantation cardiaque en Pologne. Sa femme, pédiatre, travaille sur le traitement des enfants diabétiques. En 1968, après la révolte étudiante, le Parti communiste polonais au pouvoir orchestre une campagne antisémite. De nombreux juifs perdent leur emploi. Marek est renvoyé de l'hôpital. Alina a des ennuis dans le sien. Les enfants subissent des brimades. "Pour les cadres communistes d'alors, analyse Jean-Charles Szurek, chercheur au CNRS, Marek Edelman était une proie parfaite : juif, combattant du ghetto et fort en gueule."


La famille est déchirée. Alina veut protéger ses enfants, Aleksander (né en 1953) et Ania (1958). Marek ne veut pas quitter la Pologne. Un matin, ils retrouvent les murs de la maison couverts d'inscriptions antisémites. Ania revient de l'école en demandant à ne plus s'appeler Edelman. "C'étaient des discussions sans fin", se rappelle Aleksander. En 1971, Alina part s'installer en France avec les deux enfants. Têtu, Marek reste.

Trente-sept ans plus tard, Aleksander est directeur de recherche au CNRS (hôpital Necker), Ania cadre chez EDF. Alina, pédiatre renommée et cofondatrice de Médecins du monde, vient de mourir à Paris. Marek vit toujours à Lodz. Jusqu'en décembre 2007, il allait tous les matins travailler à l'hôpital. Il vient seulement de prendre, à presque 90 ans, "un congé de six mois". Dans sa maison, les murs sont couverts de photos et de tableaux qui évoquent la guerre et la souffrance. Parmi les photos, il y a celles de Jacek Korun ou Bronislaw Geremek, héros de la Pologne démocratique.

C'est une autre vie de Marek Edelman : après l'insurrection du ghetto, le combat pour une Pologne libre. Dans les années 1970, il rejoint l'opposition démocratique, devient délégué en 1981 du mouvement national Solidarnosc, est incarcéré cinq jours lors du coup d'Etat du général Jaruzelski, sera élu député (1989-1993). "Pour les dissidents, se souvient son ex-camarade de l'opposition, le politologue Aleksander Smolar, Marek Edelman était un homme de confiance et un médecin exceptionnel. Ils allaient tous se faire soigner chez lui, à Lodz. Il était devenu le docteur de l'opposition."

Docteur de l'opposition, dissident perpétuel, révolté infatigable. Israël, où il s'est rendu quelques fois pour voir ses amis, reste sa bête noire. Le commandant en second de l'insurrection du ghetto de Varsovie n'est pas aimé en Terre sainte. "Edelman n'y a pas bonne presse, convient Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France. Il est un héros incontestable, mais dans la mémoire collective israélienne, il reste un juif diasporique. Dans le conflit idéologique qui structure le pays, le vrai héros soutient le projet sioniste. Le vrai héros du ghetto, pour Israël, c'est Anielewicz."


Marek Edelman n'a jamais reçu de décoration en Israël. En Pologne, en 1988, il a été fait chevalier de l'ordre de l'Aigle blanc, la plus haute distinction du pays. En 2003, ses copains de jeunesse, les cinq seuls autres survivants de l'insurrection du ghetto, ont été à leur tour décorés à Varsovie, en grande pompe. Cinq résistants juifs, dont quatre vivent pourtant en Israël, et qui n'en reviennent toujours pas d'avoir reçu en Pologne, au pays du ghetto et des pogroms, ce qu'aucun président de l'Etat juif ne leur a jamais donné.


Marion Van Renterghem
Article paru dans l'édition du 20.04.08
   
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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 15:40
Des super-cafards nés dans l'espace

Des cafards nés dans un satellite russe présentent des capacités physiques plus développées que leurs cousins nés sur Terre.
Une mutation qui n'a pas été expliquée.




Les cafards sont partout. Y compris dans l'espace. Enfin, ils y ont été envoyés par une équipe de chercheurs de l'Institut russe des problèmes biomédicaux, comme le relate New Scientist. Non seulement ils ont fait plusieurs fois le tour de la planète à bord d'un satellite mais ils se sont reproduits en apesanteur.

Voici maintenant l'information qui donne vraiment froid dans le dos : les cafards nés dans l'espace "courent plus vite que les cafards ordinaires, et ils sont plus vigoureux et plus costauds", indique le chercheur Dimitri Atyakshin à l'agence russe Ria Novosti. Ces bébés cancrelats ont une croissance plus rapide que leurs cousins terrestres.

L'équipe scientifique de l'institut est arrivée à ces conclusions en comparant la "portée spatiale" des cafards ayant séjourné dans l'espace aux deux autres portées que les cafards ont ensuite eu sur Terre. "Les deuxième et troisième portées n'ont pas montré ces spécificités en terme de croissance et de physiologie", note le chercheur. Cette mutation est-elle due aux rayonnements cosmiques ? Les chercheurs ne l'ont pas précisé.

Compartiments scellés

Les cafards avaient été placés dans des compartiments scellés et équipés de caméras vidéo, au sein du satellite Foton-M, qui a tourné autour de la Terre du 14 au 26 septembre dernier. L'expérience s'inscrivait dans le cadre d'un programme de recherches sur les effets des séjours dans l'espace.

Il y a de quoi être inquiet quand on sait, comme le rappelle Ria Novosti, que les cafards sont des animaux connus pour leur résistance. "Certaines espèces peuvent presque survivre une heure sans oxygène ou un mois sans nourriture et sont capables de supporter de hautes doses de radiation", souligne l'agence. Il faut espérer que les scientifiques russes ne vont pas laisser échapper dans la nature ces cafards mutants...
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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 20:04
Sharon Muir - Fauna Shield - Fleay's Barred Frog
 
Fauna Shield - Fleay's Barred Frog
Medium pastel on paper 2006 100cm x 66cm

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 15:47
Cher Isidor
Enfin de vos nouvelles
Encore un problème de culotte
Ah ! la culotte fera toujours problème
N'oublions pas tous ces millions de terriens tout nu que l'on a culotté de force
Le 19 ème est là encore.
Tu dois le savoir toi à quand remonte la création de la dite sûrement après la révolution bourgeoise dans laquelle se sont perdus les sans-culottes
je pense à cette belle expression françaises (ah! les belles lettres): il est culotté !
Aujourd'hui, actualisons là par Ah! il est déculotté !
 Au risque de te surprendre, Cher Isidor, j'adore la censure.
Ça met de la pagaille, du risque, de la frontière, de la réclame, du soulèvement....
Toutes ces idées sexuelles qui bondissent du cadre institutionnel.
Le suggestif refait surface, le phantasme
Ah ! le phantasme !
Il rebondit dans le trinquet social
Boycottons l'institution, le musée, les classes, les visites pédagogiques....
Au feu partons au champs courir le papillon dans les asphodèles
Quant à la photo sur le site LibéBordeaux  http://www.libebordeaux.fr/
l'effet aurait-il était le même sur la masse salariale avec la nudité de la mère ?
Père Mère Chien Chat je défend la culotte sous toutes ses formes et toutes les formes de censure
Soulevons la jupe, baissons le pantalon. Montrons nos culottes!
Reste encore à explorer dans le champs propagandiste de l'exposition régionale, les viscères, l'anatomie interne, la dissection des organes de reproduction
Et puis après ? .........
je t'envoie mon illustration de toute cette " mystérieuse affaire des musées"

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