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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 14:16


LA SENSIBILITÉ EST LA FORME PHYSIQUE DE LA CONSCIENCE

F.B






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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 14:05


«Le sens de l’histoire a été suspendu»

Interview

Entretien. Le philosophe Jean-Luc Nancy montre comment s’est arrêtée la «pensée de l’émancipation».

Par ERIC AESCHIMANN

A 69 ans, Jean-Luc Nancy est l’une des figures majeures de la philosophie française contemporaine. Proche de Derrida et de Philippe Lacoue-Labarthe, il a écrit sur l’art, sur la politique, sur le cœur qui lui a été greffé il y a dix-huit ans (l’Intrus, paru chez Galilée en 2000) ou sur Mai 68 (Vérité de la démocratie, Galilée, 2008). Au départ, l’entretien qu’il a accordé à Libération devait porter sur la situation de la gauche. Au fil des réponses, la discussion s’est élargie à ce qui est «au-delà» de la politique : la métaphysique, le progrès, la maladie, la «présence».

Que vous inspire la situation de la gauche aujourd’hui ?

J’ai du mal à comprendre qu’autant de gens intelligents, informés, nourris de réflexions et d’expériences politiques, n’arrivent pas à faire mieux. Et, en même temps, je suis porté à les excuser tous, en bloc. Je n’ai envie de stigmatiser personne, sociaux-démocrates, ex-communistes ou autres, car la seule chose certaine, c’est la disparition massive de la gauche. Sur ce point, je crois être comme tout le monde, en tout cas ceux de mon âge : à un certain moment, entre 68 et 89, quelque chose a disparu. Dès 1991, lorsque le PS avait réalisé une grande enquête auprès des intellectuels, le document final prouvait, de manière douloureuse, que tout ce travail ne servait à rien. Une rupture était consommée entre «pensée» et «politique», et j’ai commencé à me dire que, à travers cet évanouissement déjà sensible, c’est autre chose qui était en train de s’arrêter. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, que tout un peuple de gauche continue de se battre pour la justice sociale : je pense à la question des sans-papiers, des sans-travail, des sans-argent et à l’action du Gisti, de la Cimade, entre bien d’autres.

Qu’est-ce qui s’est arrêté ?

L’histoire représentée comme émancipation de l’humanité. Le sens de l’histoire a été suspendu, et cette suspension n’est pas provisoire. Je ne dis pas qu’une histoire ne va pas reprendre, autrement. Mais être de gauche, c’était vivre dans le sentiment de participer à une histoire qui progressait, bon an mal an, vers la possibilité d’une plus grande justice sociale, d’une société plus juste, plus heureuse, plus pacifique. On était dans une bulle démocratique, humaniste, paradoxalement héritée de la guerre froide et qui n’a pas résisté à sa fin. Foucault l’a dit très tôt : nous sortons de l’âge de l’histoire pour entrer dans l’âge de l’espace. Ont ainsi été mis en cause les grandes représentations de ma génération. Par exemple, avec la fin de la guerre d’Algérie, qui était un combat tangible, il y avait l’idée d’un monde où il n’y aurait plus que des nations émancipées, des «jeunes nations». Ou bien, à l’intérieur de notre société, la libération de l’enseignement, le progrès technique… En somme, ce qui s’est arrêté, c’est la pensée de l’émancipation. Initiée avec les Lumières, mise en œuvre au XIXe avec les luttes ouvrières et nationales, elle avait traversé les deux guerres mondiales, non sans fermer un peu les yeux sur les fascismes et sur le communisme totalitaire, qui étaient déjà des signes d’enlisement de l’idée progressiste, de la démocratie.

Ces dernières décennies n’auraient été qu’un long processus de déception ?

De déception ou de mutation… 68 avait marqué une première inflexion. Au lieu d’aspirer à des lendemains qui chantent, les manifestants ont dit : «On arrête tout, on s’interroge sur le présent.» La société a cessé de se projeter vers l’avenir, changement dont le «no future» des punks a donné la version sombre et tragique. Ma jeunesse a été marquée par l’idée de futurisme, sous toutes ses formes, du commissariat au plan, pour l’économie et la société, jusqu’à la science-fiction pour la littérature. Mais déjà on s’interrogeait sur la vie du militant qui sacrifie tout son présent, amoureux, sexuel, artistique, sensible, au service d’un projet à venir. Voilà ce qui s’est perdu : le Progrès, épine dorsale de l’humanisme, dont on retrouve la trace déjà chez Pascal, lorsqu’il dit que l’humanité est une succession d’hommes qui montent sur les épaules les uns des autres pour voir plus loin. Mais ce doit être moins une déception qu’une leçon : l’humanité ne se donne à elle-même ni son image ni son but. L’homme n’est pas son propre but et il n’y a pas de but : il y a de l’existence, au présent, il y a du «sens» maintenant, pas «demain».

Comment fait-on de la politique sans projet ?

En 1981, avec Philippe Lacoue-Labarthe, à l’invitation de Derrida, nous avions fondé un Centre de recherches politiques à l’Ecole normale de la rue d’Ulm. Le thème directeur était le «retrait du politique», dans le double sens du politique qui se retire de nous et d’une tentative de le «re-tracer» autrement. Tout le monde était intéressé : Lefort, Badiou, Ferry, Balibar, Rancière, Lyotard, etc. Mais, trois ou quatre ans plus tard, sous l’influence des événements de Pologne, un nouveau consensus a peu à peu émergé, qui revenait à découper la politique en deux : d’un côté, l’Etat, impossible à supprimer, mais dont on ne va plus s’occuper ; de l’autre, la société civile, qui s’organise elle-même, cherche son équilibre, aspire à la justice sans passer par l’Etat ni par une révolution. Probablement Lacoue-Labarthe et moi avions-nous encore trop d’impulsion révolutionnaire, plus ou moins consciente, pour accepter un tel renoncement. Cette coupure, c’était déjà un repli et, même entre nous, qui n’étions pas un parti ni un club, mais seulement un centre de recherches, personne n’avait de véritables propositions à faire. Nous avons fini par dissoudre ce centre.

D’où votre réflexion sur l’au-delà de la politique, qui était au cœur de Vérité de la démocratie ?

Effectivement, j’en suis venu à distinguer, dans la démocratie, entre ce qui est politique et ce qui est autre chose. C’est à cette autre chose que je reviens le plus volontiers, non par dédain de la politique, mais parce que c’est par là qu’il nous faut recommencer. Par exemple : apprendre ce que veut dire l’histoire avec un petit «h», l’histoire au sens le plus matériel, où les événements ne s’inscrivent plus forcément dans une perspective. Faut-il le déplorer ? Je n’en suis pas sûr. Le marxisme comme le saint-simonisme et tout le productivisme ont défini la justice sociale comme un lendemain où il y aura plus de richesses pour tout le monde ; or, aujourd’hui, «plus de richesses» veut dire de plus en plus pour les uns et de moins en moins pour les autres. En outre, cette richesse même est douteuse : elle vaut quoi ? elle va vers où ? elle a quel sens ? Dès lors, la question n’est plus d’anticiper une justice idéale à venir, mais d’exiger une justice minimale immédiate. Beaucoup de groupes et d’associations agissent en ce sens, et il en sortira peut-être quelque chose - je pense au revenu minimum garanti ou aux essais d’économies parallèles. Mais, encore une fois, ces réflexions techniques passent à côté de ce que je crois être la question essentielle : la question philosophique et même métaphysique.

Le XXe siècle n’a-t-il pas décrété la mort de la métaphysique ?

Oui, c’est devenu un mot provocateur, que Nietzsche a flétri comme croyance dans les «arrières-mondes» et Heidegger comme illusion de la «présence de l’être». Derrida et Deleuze ont été encore plus loin en introduisant, chacun à leur façon, l’idée qu’il n’y a pas de présence simple de l’existant, qu’il est toujours en écart à soi. Qu’en est-il aujourd’hui lorsqu’on parle d’«un déficit de sens» ? On continue d’envisager le sens comme une présence qui devrait venir et remplir, combler tout écart. Mais «le sens», ce n’est pas seulement le sens de la marche, c’est aussi - et c’est là toute la richesse du mot - la sensation, le sentiment, la sensualité, le bon sens, le sens critique. Quand Descartes se demande ce que c’est que penser, il part de la sensation. Le sens, c’est le rapport à autre chose. Bataille notait : «Il n’y a pas de sens pour un seul.» Dieu, tout seul, avant la création, ne sent rien, n’a pas de sens. Cette «autre chose» dont je parlais tout à l’heure, c’est l’homme, en tant qu’il est le vecteur des sens. C’est lui qu’il faut réinventer.

Longtemps, l’idée d’émancipation a joué ce rôle de «sens ultime».

Oui, on croyait qu’émanciper c’était libérer l’homme des Dieux, des tyrans, d’une partie de la dureté du travail. Il faut voir comment travaillaient les paysans du Xe siècle ! Le problème est que jamais, dans les représentations de l’émancipation humaine - la «démocratie», le «socialisme», le «communisme» - n’a été dit de quoi serait fait le «commun» de cette humanité émancipée, quel serait son sens. On partait du principe que l’émancipation rendrait les hommes à la fraternité, à l’amitié, à la libre création de formes de vie et d’art. Dans l’Idéologie allemande, Marx imagine un monde où le travailleur pourra forger le matin et jouer du violon l’après-midi. Implicitement, cela signifiait qu’il y avait, en attente, une essence de l’homme à retrouver. Ce rêve a été en - petite - partie réalisé avec les congés payés. Et pourtant, est-on si sûr de cette essence humaine ? Prenez encore la technologie médicale, qui nous a libérés de la maladie, de la souffrance, de la brièveté de la vie. En me greffant un cœur, on a prolongé ma vie de dix-huit ans ; c’est très bien. Mais, au fond, où prend-on que la durée soit par elle-même un but ? On entend dire : «C’est toujours de la vie en plus», mais il y a des vies qui, lorsqu’il y a trop de soins, trop de chimie, deviennent des vies lourdes. On pourrait dire : il ne faut pas vivre pour être en bonne santé, mais être en bonne santé pour vivre.

Le progressisme serait donc fondé sur un malentendu ?

«Démocratie», «socialisme», «communisme» comportent, chacun de façon différente, une formidable équivoque : tout en désignant des formes d’organisation, un «commun» où l’émancipation pourra s’épanouir, ils dissimulent l’opacité de l’«homme» et de ce «commun» qu’ils sont supposés faire advenir. Les mots dont nous parlons ont une coloration «politique», mais ils portent plus : ils portent, irrésolue, la question de l’homme. Aujourd’hui comme hier, la politique est nécessaire, à toutes les échelles, contre les asservissements, les dominations, les tutelles et les injustices. Mais l’enjeu est aussi de savoir pour quoi et comment quel «homme» doit être émancipé - aussi bien, peut-être, de lui-même. Cet enjeu n’est pas politique, il est philosophique, métaphysique. On a rétréci la raison, il faut la rouvrir, lui redonner de l’ampleur, du souffle, de l’esprit.

Adieu à l’engagement politique, alors ?

Non, mais à notre grande illusion (ou religion) qui a été de croire que tout était politique. Maintenant, on s’aperçoit que la machine démocratique, tout en fonctionnant à peu près, n’est pas par elle-même porteuse de l’émancipation. Tout passe par la politique, mais rien ne peut s’y accomplir. La politique est toujours «pour demain» (maintenir des équilibres, ouvrir des possibilités de négociation), mais c’est en dehors de la politique que les choses s’accomplissent, dans l’art, dans la pensée, dans l’amitié, l’amour, dans tout ce par quoi l’homme sent et ressent. A l’instant où je vous parle, il fait beau et je vois la flèche de la cathédrale de Strasbourg par la fenêtre, ici et maintenant. C’est là, ça fait du sens, c’est accompli et ce n’est pas politique ni religieux.

N’êtes-vous pas fort loin des préoccupations quotidiennes

Non, car les crises actuelles ont quelque chose à voir avec cinq siècles de ratage ou de maldonne, de confusion ou d’aveuglement, voire de tricherie dans l’«émancipation de l’humanité» (malgré toutes les réussites et créations de ces mêmes siècles). Il est aussi urgent de penser sérieusement à l’enjeu de notre civilisation «humaniste» que d’empêcher enfin sérieusement les plus riches de multiplier leur richesse par le nombre de pauvres qu’ils créent. Car ils ne volent pas seulement l’argent : ils volent le présent, ils volent l’existence réelle.

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 19:36
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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 13:58

GRB 090423 : un sursaut gamma témoin de la jeunesse de l'Univers

Par Laurent Sacco, Futura-Sciences     
 

Une batterie de télescopes terrestres a déterminé que le sursaut gamma repéré dans l’espace par le télescope Swift de la Nasa le 23 avril dernier était le plus ancien connu à ce jour. L’hypernova qui doit en être à l’origine est apparue alors que l’Univers observable n’avait pas 700 millions d’années d’âge.

Les astronomes poursuivent activement de par le monde la chasse aux sursauts gamma car ces phénomènes pourraient nous en apprendre beaucoup sur le premier milliard d’années de l’histoire du cosmos observable et même nous donner les preuves de la validité de certains modèles de gravitation quantique, comme la théorie des supercordes.

L’un des outils employés pour cette traque est le satellite de la Nasa dénommé Swift, dont les instruments sont capables de détecter et d’étudier un sursaut gamma aussi bien dans le domaine gamma que dans les domaines optique, ultraviolet et X dans un second temps. Le 23 avril 2009, Swift alerte le monde des astrophysiciens en signalant l’occurrence du sursaut GRB 090423.

Ce dernier n’ayant duré que 10 secondes. Il s’agissait très probablement d’une hypernova produite par la formation d’un trou noir dans le cœur d’une étoile géante de plusieurs dizaines de fois la masse du Soleil. L’effondrement du cœur de l’étoile et son explosion ont alors produit un faisceau intense et focalisé de rayons gamma dirigé par chance en direction des instruments de Swift.

Un reste de la première génération d'étoiles

Les réponses fournies par ces différents télescopes sont concordantes et les chercheurs réalisent alors qu’ils viennent d’observer un événement cosmique parmi les plus violents de l’Univers alors que celui-ci ci n’était âgé que de 630 millions d’années !

L’étoile génitrice du sursaut gamma faisait donc partie de la première génération d’étoiles dans l’Univers observable, celle qui a fabriqué les tout premiers éléments lourds et a contribué à réioniser l’Univers vers la fin des âges sombres et du début de la Renaissance Cosmique.

 


Cette image combine les données de la Swift en ultraviolet (bleu), visible (vert) et dans le domaine des rayons X (orange, rouge). Le sursaut gamma au centre n'est pas dans le domaine de la lumière visible, ce qui implique qu'il s'est produit à une grande distance. L'image correspond à un champ de 6,3 minutes d'arc de côté. Crédit : NASA/Swift/Stefan Immler
Cette image combine les données de la Swift en ultraviolet (bleu), visible (vert) et dans le domaine des rayons X (orange, rouge). Le sursaut gamma au centre n'est pas dans le domaine de la lumière visible, ce qui implique qu'il s'est produit à une grande distance. L'image correspond à un champ de 6,3 minutes d'arc de côté. Crédit : NASA/Swift/Stefan Immler
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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 14:34
Disons que le monstrueux se situe dans le dépeçage du corps qui n'est pas vraiment naturel...
A quoi ressemblerions-nous sans notre peau pour nous promener !
Là semble-t-il se situe le scandale des expositions de Hagens, dans cette "anormalité" visuelle

Le dépeçage renvoie à notre rapport à l'animal et à la nourriture et sous-tend donc dans ce cas, une idée anthropophagique
car même dans le cas d'un embaumenent, le corps humain n'est pa dénudé de la sorte.

Nous trouvons en synonymes de dépeçage (sur internet) les mots suivnats: boucherie, découpage, démembrement, division, équarrissage, partage.

le mot partage qui semble curieux ici renvoie (sur internet) aux mots suivants:

partage : aliénation, communion, démembrement, dépeçage, destinée, différence, distribution, division, fraction, fractionnement, fragmentation, licitation, liquidation, lot, morcellement, part, participation, répartition, scission, sort, succession.

 

Le dépeçage ne concerne que notre rapport à l'animal et à la nourriture. Si il y a dépeçage du corps humain, il ya donc l'idée de se nourrir du corps humain.

Le dépeçage renvoie aussi aux pratiques moyennageuses de la torture

on le retrouve aussi dans le mythe de MARSYAS puni par Apollon

ou dans le mythe de Dionysos:

> Dionysos Zagreus n'arrive pas à échapper aux Titans envoyés par Héra pour le tuer, et ses meurtriers le dépecèrent et en mangèrent les morceaux
>Penthée est découvert par les Ménades qui le réduisent en pièces sur l'ordre de Dionysos, Agavé à leur tête. Ce n'est qu'après avoir ramené en triomphe la tête de Penthée au palais qu'elle s'aperçoit avec horreur qu'elle a tué son propre fils.

>>>>>


   Amour à mort sous silicone
   LE MONDE | 16.05.09 | 15h52  •  Mis à jour le 16.05.09 | 15h52

 

Il y songeait depuis longtemps, il a osé, et choisi Berlin - "une ville politique" - pour concrétiser son projet : exhiber les corps plastinés d'un homme et d'une femme, figés dans leur accouplement derrière une vitrine.

Avec sa dernière exposition, "Les mondes du corps et le cycle de la vie", présentée jusqu'au 30 août dans la capitale allemande, Gunther von Hagens, 64 ans, désormais connu dans le monde entier pour son procédé de plastination (technique préservant les tissus biologiques grâce à du silicone), parvient à polariser une fois de plus l'attention. "A-t-on le droit de montrer des corps morts en train de faire l'amour ?" demande le quotidien berlinois Tagesspiegel. La morale est pourtant sauve : les visiteurs de moins de 16 ans doivent être munis d'une autorisation parentale pour avoir le droit de voir cette "oeuvre", pudiquement intitulée L'Acte suspendu et présentée dans une salle à part, "par respect pour ceux qui trouveraient choquante une telle représentation", selon Angelina Whalley, épouse du plastinateur et commissaire de l'exposition.

Le couple, estime von Hagens, a toute sa place dans cette exposition ayant pour thème les étapes de la vie humaine, de la conception à l'âge avancé. "Le sexe et la mort sont tous deux des tabous de notre espèce, confie-t-il au quotidien populaire Bild. J'ai voulu les présenter ensemble, car la mort fait partie de la vie, et qu'il ne peut y avoir de vie sans sexe."

Huit ans après la précédente exposition de Gunther von Hagens à Berlin (1,3 million de visiteurs, selon ses organisateurs), les Eglises n'ont cette fois "pas souhaité faire de commentaires". Mais plusieurs politiciens ont dénoncé cette nouvelle provocation, fruit de 4 000 heures de travail et de 200 kilos de silicone.

Montrer ce couple est tout simplement "pervers", a estimé la porte-parole du groupe SPD au Bundestag pour les questions culturelles. "Le parquet doit encore prouver qu'une exposition aussi répugnante est compatible avec notre système de droit", a renchéri le député CDU Kai Wegner.

Pourtant, l'accouplement des deux corps plastinés pourrait bien n'être qu'un hors-d'oeuvre. Gunther von Hagens a annoncé son intention d'intégrer prochainement à l'exposition des "robots plastinés", c'est-à-dire des corps auxquels il rendrait un semblant de vie en faisant se mouvoir leurs muscles à l'aide de minuscules moteurs... Le "Docteur la mort" n'a toutefois pas précisé dans quelles positions. 


Lorraine Rossignol (Berlin, correspondance)
Article paru dans l'édition du 17.05.09
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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 15:04
Point de vue
"Force de l'art", ou pérennité du sexisme, par Isabelle Alfonsi, Claire Moulène, Lili Reynaud-Dewar et Elisabeth Wetterwald
LE MONDE | 25.04.09 | 14h16

Paris, le 24 avril, la deuxième édition de l'exposition "La force de l'art" a ouvert ses portes. Cette manifestation triennale, organisée par le ministère de la culture et de la communication, le Centre national des arts plastiques et la Réunion des musées nationaux, comporte trois volets.

L'un voit sept artistes, "Les Visiteurs", investir des lieux hautement symboliques de la capitale ; l'autre volet, "Les Invités", consiste en un "festival d'événements et de performances".

L'élément central, "Les Résidents du Grand Palais", est une exposition qui se tient sous la nef centrale, jusqu'au 1er juin.

Parmi les 42 artistes "résidents", seules sept femmes sont présentées : Véronique Aubouy, le duo Butz & Fouque, Frédérique Loutz, Anita Molinero, Cannelle Tanc (en collaboration avec Frédéric Vincent) et Virginie Yassef. Dans cette exposition qui revendique son ambition de représentativité de la scène artistique française, les femmes constituent donc 16 % des effectifs.

Comment "La force de l'art" qui prétend être un "grand rendez-vous donné à la création en France" et à "l'actualité de la scène française" peut-elle ignorer à ce point l'ampleur, la diversité, le professionnalisme et l'engagement de toute une partie de cette scène artistique ?

Comment peut-elle postuler la validité et la "force" de son projet alors même qu'elle néglige l'importance de celles dont le travail est désormais incontournable, aussi bien à l'étranger qu'en France et qui contribuent sans relâche à faire évoluer le débat artistique français, par la qualité de leurs contributions plastiques, de leur discours et des expositions qui leur sont consacrées, aussi bien dans les galeries que dans les institutions ?

Bien que cela soit tentant, il serait trop simple, et sans doute naïf, d'amalgamer les raisons de ce choix "curatorial" disproportionné avec la composition strictement masculine de son appareil décisionnaire, depuis ses commissaires (Jean-Louis Froment, Jean-Yves Jouannais, Didier Ottinger) - le quatrième mousquetaire, Marie-Claude Beaud, s'étant finalement retiré du projet - jusqu'à son commanditaire (le délégué aux arts plastiques, Olivier Kaeppelin) en passant par son scénographe (Philippe Rahm).

Le problème est plus général et renvoie à une situation nationale. Car si l'on considère la proportion dans les collections publiques d'oeuvres produites par les femmes - 15 % en moyenne - "La force de l'art" n'est pas une surprise, ni le reflet d'un sexisme ponctuel ou isolé.

Rappelons qu'aujourd'hui, 60 % des artistes diplômés des écoles des beaux-arts en France sont des femmes. Comment expliquer qu'au mouvement de changement social qui s'est accéléré ces dernières années et qui a permis, entre autres, la nomination en masse de femmes à des postes de direction (centres d'art, musées et Fonds régionaux d'art contemporain), ne corresponde pas un souci d'ouverture équivalent concernant les artistes ?

Le Musée national d'art moderne lui-même affiche des statistiques affligeantes comme préambule de sa prochaine exposition "Elles@centrepompidou", avec ce slogan : "Au Centre Pompidou les femmes représentent 17,7 % des artistes dans les collections du musée. La nouvelle présentation des collections leur est consacrée à 100 %."

Ce nouvel accrochage, qui durera une année, dans la lignée des présentations thématiques "Le mouvement des images" (2006-2007) et "Big Bang" (2005-2006) - la femme est donc un thème - a sans doute pour objectif louable de rectifier le tir et de faire acte (temporaire) de rééquilibrage et de contrition.

Mais c'est justement le caractère temporaire et contrit de l'entreprise qui pose le problème de façon cruciale. L'exposition "Elles@centrepompidou", avec son sponsor si "typiquement féminin", Yves Rocher - "votre partenaire beauté" (parce qu'elles le valent bien ?) - symbolise parfaitement la place assignée aux femmes artistes au plus haut niveau de l'institution française : précaire, périphérique, ponctuelle, toujours à caractère d'exception ; les femmes artistes y sont, en outre, systématiquement renvoyées à la supposée spécificité de leur genre.

Face à cette profession de (bonne) foi du Musée national d'art moderne, il est intéressant de noter que si Beaubourg avait décroché de la présentation précédente des collections toutes les oeuvres produites par des hommes, il ne serait resté qu'une poignée d'oeuvres signées par cinq femmes. Une autre façon de faire le vide...

Il est urgent d'en finir d'une part avec la sous-représentation, d'autre part avec ce caractère d'exception, et enfin avec l'évaluation systématique du travail artistique des femmes en regard de la production des hommes. Il faut que leur production artistique cesse d'être considérée comme "une place stratégique, une matrice, un arrière-plan, un écran pour l'action des hommes" (Donna Haraway, "Ecce homo").

Il nous semble important d'ouvrir ensemble ce chantier, sans lequel la France, dont on signale souvent, à tort ou à raison, le déclin d'influence sur la scène artistique et intellectuelle internationale, ne fera qu'accroître son isolement et son retard.

C'est l'ambitieux projet de "La force de l'art" que d'affirmer et de diffuser, non seulement en France, mais aussi et surtout à l'étranger, la qualité, la vitalité, la "force" de la scène artistique française.

Qu'il en soit donc ainsi, non avec la moitié, mais avec l'ensemble de ses acteurs.

 


Isabelle Alfonsi, directrice de galerie et critique d'art ; Claire Moulène, journaliste et commissaire d'exposition indépendante ; Lili Reynaud-Dewar, artiste et enseignante à l'Ecole des beaux-arts de Bordeaux ; Elisabeth Wetterwald, critique d'art et enseignante à l'Ecole des beaux-arts de Clermont-Ferrand.

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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 12:09
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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 14:34
Enquête sur le pays du dégré zéro de la création

"Dans la brume électrique" : un conflit, deux films de Tavernier LE MONDE | 11.04.09 | 14h45  •  Mis à jour le 21.04.09 | 10h21

 

Interprété par Tommy Lee Jones, l'inspecteur Dave Robicheaux est assis dans un bar et se présente d'emblée comme un alcoolique. "Parfois, j'ai envie de boire un verre. Mais je résiste toujours à la tentation." Tel est le début de "Dans la brume électrique, de Bertrand Tavernier... dans sa version américaine.

La version qui sort dans les salles françaises, mercredi 15 avril, commence autrement : par un long travelling sur les bayous de Louisiane couverts de brume, au son de la voix off de l'enquêteur : "Dans les temps anciens, les gens mettaient des pierres sur la tête des mourants..." Ce monologue, qui se poursuit lors de la découverte d'un cadavre, évoque encore le rêve d'"une louve au sommet d'un arbre qui mangeait ses petits", et plus tard la disparition des chauves-souris de la région, "bouffées par les moustiques". Autre exemple de cette différence de perception artistique, une scène où l'on découvre un camp de confédérés : son direct, avec bruits de crapauds-buffles et musique dans la version française ; soldats bruités, avec cris et scie dans celle américaine.

Ce film a donc une double personnalité. Après le tournage, au printemps 2007, un long face-à-face a opposé le cinéaste et son producteur américain, Michael Fitzgerald. Fin 2008, ils se sont mis d'accord : il existera deux versions du film. L'américaine n'existe pas en salles (hormis en Louisiane), elle est diffusée en DVD sous le titre In the Electric Mist. Le montage a été effectué par Roberto Silvi sous contrôle de Michael Fitzgerald. L'autre version, montrée dans le monde entier, hors Etats-Unis, est celle qu'a voulue Tavernier ; elle a été projetée pour la première fois en février, au Festival de Berlin.

UN AMOUREUX DES ETATS-UNIS

"Ensemble, nous sommes parvenus à la conclusion que ce que Bertrand envisageait convenait moins bien au public américain, qui a besoin d'un rythme plus rapide", explique Michael Fitzgerald. Ce dernier, dont la société s'appelle Ithaca Pictures, s'est fait connaître en écrivant le scénario du Malin, de John Huston, un film qu'il a coproduit. Il a aussi produit The Pledge et a accompagné les débuts de Tommy Lee Jones comme réalisateur avec Trois enterrements. Ces films, qui ont été plus des succès critiques que publics, placent Fitzgerald davantage dans le camp des auteurs que des financiers.

Michael Fitzgerald explique pourquoi In the Electric Mist n'est pas sorti en salles aux Etats-Unis : "Ici, si un film n'a pas été financé au préalable par un studio ou un distributeur, c'est le distributeur l'ayant acheté après coup qui touche toutes les recettes. Pourquoi aucun distributeur n'a voulu le financer ? Peut-être parce qu'ils ne connaissaient pas le réalisateur et que rien dans sa carrière ne pouvait leur indiquer qu'il était en mesure de réussir un film de cette ampleur !" Il ajoute que le DVD est un succès (quatrième au classement des ventes aux Etats-Unis).

Les mésaventures de Tavernier aux Etats-Unis ont cela de paradoxal qu'il est un amoureux de ce pays et de son cinéma. C'est lui qui est à l'origine du projet de Dans la brume électrique. C'est lui qui a jugé nécessaire de trouver un producteur américain pour ce film adapté d'un roman de James Lee Burke. Associé à TF1 International, Fitzgerald a proposé deux scénaristes. Les divergences rencontrées entre Tavernier et ses partenaires américains pendant l'écriture du scénario et le tournage ont eu pour résultat les deux versions du film - 102 minutes pour l'américaine, 117 minutes pour la française.

Le film qui sortira en France est rythmé par une voix off qui le rend plus grave. Tavernier y tenait, tout comme à cet éclatement temporel qui fait constamment surgir dans le récit des assauts de mémoire. A ces strophes douloureuses, panthéistes, les Américains préfèrent des plans rabâchés : un extérieur du bureau du shérif, une arrivée de voiture.

Pourtant, l'auteur du roman, James Lee Burke, a participé au scénario et a contribué - en accord avec Tavernier - à tordre le cou aux clichés du film noir. Reste que Tavernier a dû gérer nombre de divergences pendant un tournage tendu, où il était sous surveillance. On lui a reproché de ne pas tourner suffisamment de plans soulignant les situations, on lui a réclamé des inserts pour rendre une bagarre plus compréhensible, on a critiqué son choix de tourner certaines scènes en un seul plan.

"Lors de la scène de pêche, racontait-il alors, le monteur est venu me demander un gros plan que je lui ai refusé. Je voulais garder le geste magnifique de Tommy Lee lançant sa canne à pêche, la réaction de Mary Steenburgen (qui joue sa compagne), plutôt que rapprocher ma caméra, ce qui aurait été démodé, pesant. On m'a alors traité d'arrogant, et Fitzgerald m'a dit que mes films étaient mal montés."

La tension culminera lors du montage. Tavernier conteste le travail qu'il juge plan-plan de Roberto Silvi - "Avec lui je m'ennuyais" - et revient en France finir le film comme il l'entend. En solitaire : tant que l'imbroglio juridique n'était pas réglé, il lui était interdit d'entrer en relation avec Marco Beltrami, le compositeur de la musique. Il a dû engager le monteur Thierry Derocles et faire une rallonge de budget, s'endettant de 400 000 euros. TF1 n'a mis la main à la poche que pour lui accorder 10 % sur les ventes aux télévisions.

La version de Dans la brume électrique revendiquée par Tavernier est-elle trop longue, trop littéraire, pour le public américain ? Ce n'est pas ce que pense Dave Kehr, le critique du New York Times, qui regrette de ne pas retrouver la patte du cinéaste dans la version américaine, "ni sa vibration intime, son sens de l'espace, sa profondeur morale. La version qu'on nous impose est dépouillée de tout ce qui aurait pu rendre le film vivant".


Jean-Luc Douin et Thomas Sotinel
 
Article paru dans l'édition du 12.04.09
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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 19:55
Environnement
Colère en Nouvelle-Calédonie après une pollution à l'acide sulfurique
Article paru dans l'édition du 12.04.09




es milliers de poissons et de crustacés ont été détruits en Nouvelle-Calédonie après une pollution à l'acide sulfurique provoquée par un incident technique dans l'usine de nickel du brésilien Vale-Inco, en phase de tests. La province sud a ordonné, le 10 avril, la suspension pour six à huit semaines de 80 % des installations du complexe industriel qui devait entrer en activité en juillet. Le groupe minier est aussi contraint à « consigner » la somme de 15 millions de franc CFP (126 000 euros), correspondant au montant des travaux à réaliser sur le bassin de rétention où la fuite s'est produite. La pollution a touché une rivière qui se jette dans la baie de Prony, zone tampon du Grand Lagon sud, l'un des six sites du récif corallien, inscrits en juillet 2008 au patrimoine mondial de l'Unesco. La lenteur avec laquelle l'entreprise a prévenu les autorités a provoqué la colère des habitants. - (AFP.)
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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 19:44
J'aime lire les chroniques de P-Antoine, son oeil d'aigle et sa plume acerée. 
Chronique
Le "Richistan" enterre ses morts, par Pierre-Antoine Delhommais
LE MONDE | 11.04.09 | 13h33  •  Mis à jour le 12.04.09 | 14h51


On a la preuve définitive que la crise économique revêt un caractère exceptionnel : elle n'affecte pas seulement les plus modestes, comme c'est le cas dans une récession classique, mais aussi les riches. Les pauvres ! Malheureuses victimes de la chute simultanée de l'immobilier, des Bourses et des matières premières, des escroqueries de Bernard Madoff, de la déroute des hedge funds, des bonus et stock-options partis en fumée. Malheureuses victimes d'une crise des subprimes qui a amputé comme jamais leurs revenus et fait s'effondrer leur patrimoine. L'histoire est bien malicieuse, en tout cas, qui a voulu que ce soient des Américains pauvres, qui, en empruntant pour s'acheter une petite maison, causent tant de petites misères à tous les riches de la planète. Une fois n'est pas coutume, la main invisible du marché a aussi été celle de la justice. Comme elle l'avait été lors de la Grande Dépression, quand la crise avait laminé les grandes fortunes aussi sûrement qu'elle avait affamé des millions d'individus. L'Amérique comptait 39 000 millionnaires en 1929, 11 800 seulement dix ans plus tard.

On assiste aujourd'hui à la même hécatombe. Une étude du cabinet Spectrem Group, citée dans le dossier spécial que The Economist vient de consacrer aux riches, a calculé que les Etats-Unis ne comptaient plus fin 2008 que 6, 7 millions de millionnaires, contre 9,2 millions un an plus tôt. Au plan mondial, le consultant Oliver Wyman estime que les riches ont perdu en un an 10 000 milliards de dollars, le quart de leur fortune. Celle des ultrariches - les milliardaires - a fondu, selon le magazine Forbes, de 4 400 milliards de dollars à 2 400 milliards, leur nombre revenant de 1 125 à 793.

Bref, ce minuscule pays, havre de luxe où les rivières de champagne serpentaient paisiblement entre les collines de pierres précieuses, ce petit territoire que l'écrivain Robert Frank a joliment surnommé le "Richistan" est dévasté. Et il enterre ses morts. La crise a frappé indistinctement tous les fortunés, de l'oligarque russe au prince saoudien en passant par les traders de Wall Street, les héritiers - et héritières -, les self-made-men et les nouveaux riches. Provoquant des ravages parmi les entreprises spécialisées dans la fabrication de signes extérieurs de richesse : diamantaires, grands couturiers, horlogers suisses, palaces, constructeurs de yachts et propriétaires des grands crus classés de bordeaux. Tout ce petit monde souffre en silence. Et observe avec un peu d'inquiétude la colère qui monte, à leur encontre, dans une opinion publique persuadée à tort qu'il profite de la crise pour s'enrichir davantage.

L'explosion de la bulle du marché du crédit a provoqué celle de la richesse qui s'était formée en même temps qu'elle. La fortune cumulée des 400 personnes les plus riches au monde s'établissait en 1982 à 92 milliards de dollars, elle totalisait 1 250 milliards en 2006. Avec celle de la richesse, c'est, enfin, la bulle des inégalités qui vient aussi d'éclater. C'est au moins une bonne nouvelle sur le plan politique, de nature à éviter des dérives populistes et extrémistes. Sur le plan de l'efficacité économique, on ne sait pas, les études les plus récentes de l'OCDE n'ayant pas réussi à établir de corrélation précise, ni dans un sens ni dans l'autre, entre croissance et niveau des inégalités.

Toujours est-il que ces dernières s'étaient creusées dans des proportions inédites depuis trente ans dans la plupart des pays industrialisés. L'écart moyen de rémunération entre un PDG et un salarié aux Etats-Unis était de 1 à 40 en 1980, mais de 1 à 411 en 2005. Avec pour résultat spectaculaire de voir cette année-là les 300 000 Américains tout en haut de l'échelle gagner autant que les 150 millions d'Américains se trouvant en bas. En France, où le phénomène est apparu plus récemment, l'économiste Camille Landais a calculé qu'entre 1998 et 2006, pendant que le revenu moyen des 90 % des Français les plus pauvres stagnait quasiment, celui des 10 % les plus riches augmentait de 8,7 % et surtout, celui des 0,01 % les plus fortunés s'envolait de 42,6 %.

C'est cette machine à fabriquer des inégalités et surtout à engendrer des ultrariches que la crise des subprimes pourrait bien avoir cassée. Il faudra du temps pour la reconstruire. Car le pire est peut-être à venir pour toutes ces "superstars" du marché du travail, qu'ils oeuvrent dans la finance, l'industrie, la publicité, la chanson ou le sport. Pas seulement parce que les paradis fiscaux où beaucoup avaient pris la mauvaise habitude de placer leurs économies vont devenir moins paradisiaques. Mais aussi parce que les Etats sont à la recherche d'argent pour financer leurs plans de relance. Et qu'ils sont surtout désireux de soigner au plus vite des citoyens pris de nausées devant des salaires annuels de plusieurs millions d'euros.

L'économiste Thomas Piketty rappelle que Roosevelt, à peine arrivé à la Maison Blanche, avait plus que doublé le taux de l'impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches, le faisant passer de 25 % à 63 %, avant de le porter à 91 % en 1941. Il était resté supérieur à 70 % jusqu'au début des années 1980 et jusqu'à ce que Reagan le ramène autour de 30 %. Le tout est de savoir si, avec des niveaux d'imposition confiscatoires pour les superriches, les entrepreneurs se montreraient toujours aussi entreprenants et les créateurs aussi créatifs. Et surtout - essentiel - si Thierry Henry, Samuel Eto'o et Lionel Messi marqueraient toujours autant de buts.

 


 

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