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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 14:20

où l'on apprend comment les banques ont arnaqué leurs clients

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 14:06

Comment Vladimir Vetrov - alias Farewell - a livré aux services secrets français des milliers de documents ultrasecrets du KG B. Un vrai film d'espionnage qui mêle reconstitutions et entretiens.


L' affaire Farewell

de Jean-François Delassus

Des espions ont modifié le cours de l'histoire. Il en est un, un Russe, nom de code Farewell. Dans les années 80, il a contribué à précipiter le démantèlement du rideau de fer qui coupait l'Allemagne et l'Europe en deux, la chute du mur de Berlin et la réunification de l'Allemagne, et finalement l'écroulement du communisme soviétique.
Trajectoire d'une taupe hors du commun, ne serait-ce que par la quantité exceptionnelle de documents ultrasecrets qu'il a fournis à l'Ouest, un véritable océan qui a fait dire au président américain Reagan que Farewell était l'espion du siècle. Sombre destin d'un homme qui a berné le tout-puissant KGB. Son histoire, très peu connue, dévoile la somme de frustrations et de calculs, de petitesse et de courage, de lâcheté et de violence qu'il y a derrière une trahison.



Au début des années 80, au moment où François Mitterrand et Ronald Reagan arrivent au pouvoir, une taupe soviétique révèle aux services secrets français que l'économie de l'URSS et son industrie militaire ne tiennent que grâce à l'espionnage pratiqué par le KGB . En deux ans, Vladimir Vetrov livre 3 000 documents stratégiques et les noms des principaux agents soviétiques opérant à l'Ouest... 


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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 13:50
Le mathématicien Benoît Mandelbrot, né à Varsovie en 1924, a inventé dans les années 1970 la géométrie fractale.
GAMMA/GAILLARDE
 Le mathématicien Benoît Mandelbrot, né à Varsovie en 1924, a inventé dans les années 1970 la géométrie fractale.

Dès 1964, Benoît Mandelbrot, l'inventeur de la théorie mathématique des fractales, avait perçu que les modèles mathématiques utilisés par les financiers étaient erronés, et avait tenté d'alerter sur leurs dangers. Son denier livre, Une approche fractale des marchés (Odile Jacob, 2004), paru quatre ans avant la crise financière, était prémonitoire. Mais il ne fut guère écouté.

Benoît Mandelbrot n'est pas certain qu'il le soit davantage aujourd'hui, nous a-t-il confié, lors de son passage à Paris, le 11 octobre, à l'occasion de la projection à Paris du film Fractales, à la recherche de la dimension cachée, dans le cadre du festival international du film scientifique Pariscience.

Dans votre livre, vous dites que "la finance doit abandonner ses mauvaises habitudes et adopter une démarche scientifique". Or il a été dit que la crise était en partie due aux mathématiques financières, avec lesquelles on avait conçu des produits trop sophistiqués dont personne ne mesurait les risques. Qu'en pensez-vous ?

Les gens ont pris une théorie inapplicable - celle de Merton, Black et Scholes, issue des travaux de Bachelier qui datent de 1900 -, et qui n'avait aucun sens. Je l'ai proclamé depuis 1960. Cette théorie ne prend pas en compte les changements de prix instantanés qui sont pourtant la règle en économie. Elle met des informations essentielles sous le tapis. Ce qui fausse gravement les moyennes. Cette théorie affirme donc qu'elle ne fait prendre que des risques infimes, ce qui est faux. Il était inévitable que des choses très graves se produisent. Les catastrophes financières sont souvent dues à des phénomènes très visibles, mais que les experts n'ont pas voulu voir. Sous le tapis, on met l'explosif !

Avez-vous l'impression maintenant que les risques sont mieux pris en compte ?

Il y a quelques jours, j'ai déjeuné avec des dirigeants d'une grande banque américaine. Ils me disent qu'ils sont contents de leurs modèles. Ils ne veulent pas reconnaître qu'ils se sont trompés. J'espère que ce qu'ils me disent n'est pas la réalité. Personne ne les oblige à dire ce qu'ils font réellement. Les financiers sont très attachés à cette théorie d'une simplicité merveilleuse, que l'on peut apprendre en quelques semaines, puis en vivre toute sa vie. Cette théorie a toujours été complètement fausse. Depuis quelques années néanmoins, on m'écoute de plus en plus. Beaucoup de grands banquiers, en privé, me disent que j'ai parfaitement raison, mais ils estiment que ce n'est pas dans leur rôle de prendre parti.

En 2004, quelques années après l'éclatement de la bulle Internet, vous demandiez qu'une petite fraction des budgets de recherche et développement des grandes institutions financières de Wall Street soit consacrée à la recherche fondamentale. Avez-vous été entendu ?

Aujourd'hui, la plupart de ces compagnies ont renvoyé leurs chercheurs. Alors la question est de savoir à quelle théorie ils se fient ? A celle du doigt mouillé ? Je ne sais pas.

Mais vos élèves sont-ils maintenant davantage prisés ?

Plusieurs de mes élèves, parmi les premiers, ont changé d'avis après leur thèse. Ils ont fait de très belles carrières, en niant ce qu'ils avaient affirmé dans leur thèse. Donc, je n'ai pas beaucoup de disciples. Beaucoup de jeunes étaient intéressés, mais ils trouvaient cela dangereux.

Parce que vous n'étiez pas reconnu par l'establishment ?

C'est cela.

Aux Etats-Unis. Mais est-ce aussi le cas en Europe, en Asie ?

C'est très difficile de le savoir. En un sens, le monde est très unifié ; en un sens, il ne l'est pas. Je sais que mon livre s'est très bien vendu au Japon. Au point qu'ils ont ressorti mes livres antérieurs. La France est moins active à cet égard. L'école de mathématique financière n'a pas changé. Elle est le fait de gens très estimables, de très bons mathématiciens, mais ils sont satisfaits de leur manière de faire et je ne suis pas écouté. En Allemagne, la chancelière (Angela Merkel) avait, paraît-il, mon livre sur sa table de chevet ! Un grand quotidien m'a fait très bien connaître dans ce pays !

Quel est le sujet du livre sur lequel vous travaillez actuellement ?

On m'a demandé d'écrire mon autobiographie. L'influence extraordinaire de mon année de naissance, 1924, qui a fait que j'étais adolescent pendant la guerre, dans des conditions rocambolesques, et que j'ai survécu. Cela m'a rendu extrêmement indépendant. Je n'appartiens à aucune école. J'en ai créé une. Mais elle est indépendante des puissances et des intérêts.

Propos recueillis par Annie Kahn
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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 15:59
Retour au calme à Firminy, l'autopsie confirme l'absence de violence
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 11.07.09 | 10h31  •  Mis à jour le 11.07.09 | 10h45

a famille de Mohamed Benmouna a demandé, samedi 11 juillet, aux organisateurs d'une marche à la mémoire de leur fils prévue dans l'après-midi de l'annuler, par crainte d'incidents. Cette marche d'environ cinq kilomètres était prévue à partir de 14 heures au départ de l'immeuble de Firminy où habitait la victime, vers le commissariat du Chambon-Feugerolles, théâtre du drame. Le calme est revenu dans la nuit de vendredi à samedi à Firminy, indiquent, samedi, les pompiers et de la police. D'importantes forces de police avaient été mobilisées, et seule une voiturea été retrouvée incendiée dans la commune proche de La Ricamarie.

La deuxième autopsie de Mohamed Benmouna a confirmé l'absence de violences. Le parquet a parallèlement ouvert une information judiciaire pour homicide involontaire, ce qui permettra à un juge d'éclaircir les circonstances du drame. Les autorités défendent jusqu'à présent la thèse du suicide."J'ai ordonné cette nouvelle autopsie afin de lever toute ambiguté", a dit le procureur de la République."Les traces relevées sur le cou excluent l'hypothèse de l'intervention d'une tierce personne pendant la pendaison. Les résultats sont formels" a-t-il assuré.

"Il s'agit de voir s'il y a eu ou non un défaut de surveillance durant la garde à vue" a indiqué le procureur de la République, Jacques Pin. L'état des cellules est jugé non conforme et aurait permis, selon la version de la justice, que le jeune homme accroche les lanières au mur pour se pendre. "Des anomalies ont été relevées en ce qui concerne la cellule ; elle n'était pas aux normes. Il faut désormais creuser dans ce sens-là et savoir s'il y a une négligence de la part des policiers ce soir-là. Il existe un vrai doute", a-t-il poursuivi. Les caméras de surveillance de la cellule ne fonctionnaient pas. Il ne subsiste donc aucun enregistrement exploitable des faits.

Le magistrat a en outre expliqué cette décision par le désir de la famille de "récupérer rapidement le corps afin de le rapatrier en Algérie, où il doit être inhumé." Les proches de Mohamed Benmouna ne croient pas à la thèse officielle du suicide du jeune homme en garde à vue pour une tentative présumée d'extorsion de fonds et qui a finalement succombé à l'hôpital. Ses parents ont porté plainte contre X jeudi "pour faire la lumière sur cette affaire" et, depuis mardi soir, des jeunes de cette banlieue de Saint-Etienne se sont livrés à des violences.


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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 14:14
Point de vue
"Sarkozy je te vois" : le protagoniste de l'affaire raconte son happening citoyen
LE MONDE | 04.07.09 | 14h18  •  Mis à jour le 04.07.09 | 14h18

e suis cet homme qui cria par deux fois "Sarkozy je te vois !". Et, aujourd'hui, je suis très heureux du dénouement de cette affaire pour au moins deux raisons. D'une part, l'emballement médiatique a permis de ridiculiser la politique sécuritaire du président de la République. Nous savons tous maintenant que prononcer "Sarkozy je te vois !" peut nous amener devant les tribunaux. Après cet épisode, qui pourra encore contester que nos libertés individuelles ne soient sérieusement menacées par ce pouvoir ?

D'autre part, cette affaire a montré que le "storytelling", cet art de raconter des histoires, n'est pas l'apanage des communicants des grands groupes capitalistes ou des campagnes électorales victorieuses. Un simple quidam peut détourner le storytelling et raconter à son tour sa propre histoire. Dans son fameux livre consacré à ce sujet, l'essayiste Christian Salmon présente le storytelling comme une "machine à raconter" qui "remplace le raisonnement rationnel, bien plus efficace que toutes les imageries orwelliennes de la société totalitaire". L'affaire du "Sarkozy je te vois !" donne des raisons d'être plus optimistes, et montre que l'on peut utiliser le storytelling à des fins citoyennes.

Tout a commencé par un petit mensonge. Ce mercredi 28 février 2008, je reviens d'Avignon, à l'époque je suis journaliste au mensuel alternatif L'Age de faire. Après l'incident, interrogé au poste de police sur ma profession, je me présente comme étant allocataire du RMI. "Journaliste" est une profession beaucoup trop voyante. A 46 ans, un homme au RMI est forcément un pauvre gars, sans relations, fragile, impuissant, qui ne fera pas de vagues auprès de l'administration.

Plusieurs mois après, lorsque je suis à nouveau convoqué au commissariat de quartier pour être interrogé une seconde fois sur cet incident, je confirme être au RMI, même si, entre-temps, j'ai de nouveau rejoint l'éducation nationale. Dans l'éducation nationale, les syndicats sont puissants, les relais médiatiques nombreux, la procédure aurait pu alors ne pas se poursuivre. Je voulais rester un anonyme, dans toute la faiblesse de son état, sans passe-droit ni Rolex, et regarder la machine administrative tourner...

Lorsque, le 20 avril, un huissier de justice vient me remettre la citation à comparaître devant le tribunal pour tapage injurieux diurne, je suis confronté à un dilemme. Soit je comparais comme un individu lambda, perdu parmi les individus que la justice ordinaire juge chaque jour : je suis condamné ou relaxé, mais l'histoire s'arrête là, avant même d'avoir pu commencer. Soit je pose un acte citoyen et saisis cette occasion pour montrer les dérives de la politique sécuritaire du président de la République. Il s'agira de construire une histoire qui mette en scène la figure d'un quidam, d'un sans nom et sans visage qui interpelle en le tutoyant le signifiant maître "Sarkozy" dans une société crispée par le rictus sécuritaire. Mais comment construire cette narration ?

On le sait, dans toute histoire, le personnage central ne reste jamais seul. Il lui faut un personnage qui va l'aider à poursuivre son cheminement. Même si j'avais parcouru les salles de rédaction en exhibant ma convocation et le procès-verbal, l'histoire ne se serait pas écrite. Un anonyme n'a pas la crédibilité pour porter une telle histoire, même s'il a été journaliste.

Pour continuer à écrire cette histoire, il faut un avocat, un orateur brillant, suffisamment alerte pour être capable d'affronter le bruit médiatique sans être dupe sur les dérives de la société du spectacle. C'est un ami, journaliste au quotidien La Marseillaise qui me trouve la perle rare : Philippe Vouland, spécialiste des questions des droits de l'homme. L'avocat est une institution dont on écoute la parole, quand celle d'un anonyme est rarement entendue. Sans avocat, l'histoire ne serait pas écrite.

L'avocat choisi, cinq jours avant l'audience du tribunal, l'histoire pouvait être lancée sur la scène médiatique. Un simple coup de fil au bureau marseillais de l'AFP suivi d'un courriel indiquant les coordonnées de mon avocat suffiront à amorcer la machine.

Dès lors se pose la délicate question de l'anonymat. Raconter une histoire audible signifie qu'il faut éviter que la narration se fragmente en autant de récits qu'il y a de journalistes. En m'exposant sur un plan médiatique, l'histoire aurait pu tourner à la cacophonie. La question de la dérive sécuritaire dans notre société aurait pu laisser la place à celle plus anecdotique du personnage au centre de cette affaire : est-ce un gauchiste ? Est-ce un provocateur ? Est-ce un personnage en quête de gloire ? C'est donc l'avocat Philippe Vouland qui affrontera le bruit médiatique, en s'exposant devant les micros et les caméras. De mon côté, je refuse d'être photographié et d'être interviewé par la télévision : même floutée, l'image continue à dire quelque chose comme la présence honteuse de quelqu'un qui se cacherait...

L'un des ressorts du storytelling est de s'adresser à l'imaginaire collectif. Pour cela, je laisse échapper une petite précision en direction des journalistes sur ma profession, non celle qui était la mienne au moment de l'incident, mais celle que j'exerce au moment où l'affaire éclate : professeur de philosophie. Et c'est ainsi que résonnent, dans l'imaginaire collectif, les rapports énigmatiques entre le philosophe et les puissants avec des histoires déjà entendues où entrent en scène des personnages comme Diogène, Protagoras, Socrate...

A ce moment-là, il s'agit de permettre à cette histoire de continuer à s'écrire. Pour cela, il faut faciliter le travail des journalistes. Un témoignage factuel est envoyé au site d'information en ligne Rue89, celui-ci sera également distribué le jour de l'audience. Je donne une justification : il s'agit d'"un geste pédagogique, un trait d'humour destiné à détendre l'atmosphère". Le rire n'est ni de gauche ni de droite. L'humour doublé du geste pédagogique permet de toucher le public le plus vaste.

En réfléchissant à ce geste, je me demande aujourd'hui dans quelle mesure celui-ci n'est pas un geste artistique, un happening. Le storytelling citoyen serait-il la dernière invention que les citoyens anonymes pourraient s'approprier pour dénoncer ce que Voltaire appelait en son temps "l'infâme" ?


Professeur de philosophie, relaxé par le tribunal de police de Marseille le 3 juillet


Patrick Levieux
Article paru dans l'édition du 05.07.09



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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 20:49
OU L'ON APPREND GRÀCE AUX VOLEURS DE VÉLIBUS QUE L'OUVRIER HONGROIS EST PAYÉ 2 EUROS DE L'HEURE SOIT 352 EUROS LE MOIS

Analyse
Pourquoi les Vélib', fétiches des bobos, sont vandalisés, par Bertrand Le Gendre
LE MONDE | 12.06.09 | 14h16  •  Mis à jour le 12.06.09 | 14h16

'affiche a été dessinée par Cabu. On la voit partout en ce moment dans Paris. Un catcheur sur un ring démantibule un Vélib', sous l'oeil réprobateur du public. Slogan : "Casser un Vélib', c'est facile... Il ne peut pas se défendre." Pour la Mairie de Paris, qui a lancé cette campagne, la cote d'alerte est dépassée. Huit mille Vélib' ont été volés depuis leur mise en service en juillet 2007 (l'affiche parle d'engins "disparus"). Et 16 000 ont été vandalisés.

Le symbole d'une ville policée, écolo, est devenu une nouvelle source de délinquance. Le Vélib' devait civiliser les déplacements urbains. Il a accru les incivilités. Personne ne l'avait prévu. Ni la Ville de Paris, qui fait du Vélib' un titre de gloire. Ni Jean-Claude Decaux, qui assure l'exploitation des quelque 20 000 deux-roues en location circulant dans la capitale, moyennant la concession des panneaux publicitaires.

On sait seulement, grâce à la préfecture de police, que 1 349 personnes ont été arrêtées en 2008 sur un Vélib' volé. Les policiers les repèrent facilement. La patte de verrouillage des engins est tordue ou cassée.

Où sont passés ces 8 000 Vélib' volés ? Mystère. De temps à autre, on en découvre un sur un balcon parisien ou circulant dans une ville étrangère tel un souvenir de Paris. Une centaine d'entre eux auraient été jetés à l'eau, dans la Seine ou le canal Saint-Martin, croit savoir la Mairie de Paris. Les descentes de police permettent parfois d'en retrouver quelques-uns. Au cours de l'une d'elles, le 26 mai, dans la cité Curial-Cambrai (19e), les agents en ont découvert deux, au milieu d'une vingtaine de scooters, volés eux aussi.

Le Vélib' chasse-gardée des vole-petit, faute de mieux ? A l'automne dernier, trois mineurs se sont fait pincer place de la Bastille par une patrouille de police. Ils venaient de voler chacun un Vélib' mal attaché. L'un avait 17 ans. Vivant hors de sa famille, sous tutelle des services sociaux, il était, comme on dit, "défavorablement connu des services de police". Il vient d'écoper de deux mois d'emprisonnement avec sursis pour avoir, en plus, arraché son iPhone à une passante.

Comme tous les emblèmes de la société de consommation, le Vélib' suscite les convoitises. Ce n'est pas un cadre et deux roues qui sont volés mais une icône urbaine, un attribut du bourgeois bohème, le "bobo", figure moquée mais enviée. Pour autant, la place du Vélib' dans l'imaginaire urbain n'explique pas tout. S'ils sont autant volés, c'est qu'ils sont plus vulnérables qu'une Mini Cooper bardée de systèmes anti-intrusion, voilà tout.

Annick Lepetit (PS), adjointe au maire de Paris, chargée des transports, refuse de faire de ces vols un symbole : "Il ne faut pas se focaliser sur le cas des Vélib', mais le replacer dans son contexte, la délinquance en général."

Ainsi les voleurs de Vélib' seraient des délinquants ordinaires. Au profil très éloigné de leurs utilisateurs habituels. Ceux-là sont privilégiés socialement : 69 % appartiennent à la catégorie CSP+. Pour les dégradations, c'est différent. Tout le monde a sa part de responsabilité. Vélib' tagués, freeride, sorties de soirées arrosées, paris stupides, "anars" anti-Decaux...

A priori, les Vélib' étaient conçus pour résister aux usages fantaisistes : câbles inaccessibles, freins encapsulés dans les moyeux des roues, pneus particulièrement résistants, selles réglables en hauteur mais inamovibles... Rien n'y a fait. Sur les 16 000 Vélib' victimes de vandalisme depuis deux ans, une moitié a dû être remplacée.

Leur conception a été revue. Les cadres ont été renforcés. Les panières résistent désormais à un poids de 10 kg. Le système d'alerte, qui prévient l'usager que son Vélib' n'est pas convenablement arrimé à une borne, a été amélioré. C'était un point essentiel. Un Vélib' mal fixé, c'est un Vélib' en liberté. Une proie tentante.

JC Decaux a fini par comprendre pourquoi sa flotte de deux-roues se dégrade plus vite à Paris qu'à Marseille ou à Lyon. Dans la capitale, les usagers occasionnels - provinciaux, touristes étrangers... - sont plus nombreux qu'ailleurs. Moins rodés à l'utilisation des Vélib', ils les maltraitent davantage ou omettent de les remettre correctement en place.

Les vols, les incivilités et les étourderies ont alourdi la facture. Dépitée, la société JC Decaux est avare de détails sur ce vandalisme, qu'elle n'avait pas anticipé. Mais elle a quand même obtenu de la Mairie de Paris un avenant à l'accord qui les lie. Au- delà de 4 % de perte annuelle, la Ville s'engage à prendre en charge, à hauteur de 400 euros l'unité, le remplacement des Vélib' volés ou détruits. Selon Annick Lepetit, il pourrait en coûter 1,6 million d'euros par an aux contribuables parisiens.

Le remplacement accéléré du parc fait l'affaire des ouvriers de l'usine de Toszeg, en Hongrie, au sud-est de Budapest, où JC Decaux fait fabriquer les Vélib'. Mais leur satisfaction est relative. Comme l'a rapporté le magazine Challenges, ces ouvriers sont payés à peine 2 euros de l'heure, soit 352 euros par mois, nettement moins que le salaire moyen du pays (743 euros). La casse des Vélib' serait plus onéreuse encore si ces ouvriers étaient normalement rémunérés.


Courriel : legendre@lemonde.fr.

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 13:38

CRASH DE L'AF 447. Air France a décidé hier de changer les sondes de ses longs courriers, soupçonnées d'avoir une responsabilité dans l'accident

Soupçon sur les sondes

Il n'aura fallu que quelques jours aux pilotes de ligne d'Air France pour faire valoir le principe de précaution. À partir de mardi prochain, tous les Airbus A330 et A340 de la compagnie seront dotés de nouvelles sondes Pitot. Au minimum, deux des trois capteurs équipant chaque long courrier seront modifiés. Placés à l'avant de l'avion, ces appareils mesurent la vitesse du vol. L'enquête n'en est qu'à ses tout débuts, mais une panne de ces dispositifs fabriqués par le groupe Thalès est d'ores et déjà soupçonnée d'avoir contribué au crash de l'AF 447.

Déjà des incidents

Dans les minutes précédant l'accident, l'A330 en perdition a envoyé une série de messages automatiques aux ordinateurs d'Air France à Paris. Parmi ces alertes, figuraient des mesures de vitesse « incohérentes », imputables vraisemblablement à la présence de glace ou d'eau à l'intérieur des sondes. Ce n'était pas la première fois que l'équipe d'un Airbus était confrontée à de telles anomalies. De multiples dysfonctionnements sans conséquence fâcheuse ont été observés depuis une décennie. En 2001, la direction de l'aviation civile française avait d'ailleurs imposé le recours à une nouvelle génération de sondes.

Leur fiabilité laissant malgré tout à désirer, dès 2007 Airbus conseillait aux compagnies aériennes d'installer de nouveaux capteurs. Il s'agissait d'une recommandation et non d'une obligation, le constructeur estimant que la sécurité n'était pas en jeu. Air France avait lancé un programme de remplacement sur plusieurs années. Il avait été accéléré au printemps 2008 après la survenance de nouveaux incidents.

« Les avions qui ont rencontré des problèmes et des phénomènes d'indication de vitesses erronées étaient équipés du même type de sondes que celles installées sur le vol AF 447 », affirmait hier Éric Derivry, porte-parole du principal syndicat de pilotes d'Air France, lors d'une conférence de presse. Parmi les commandants de bord, la thèse d'un enchaînement fatal généré par la défaillance des capteurs est le plus souvent jugée « crédible ».

Décrochage

Automatiquement chauffées, les sondes sont conçues pour ne pas être obstruées par la glace ou le givre lorsque l'appareil traverse de fortes turbulences ou des chaos orageux à haute altitude. Si ce scénario s'est produit pour l'A330 d'Air France, cela signifie que la mesure de la vitesse qui s'est affichée dans le cockpit à la suite de ce dérèglement était supérieure à ce qu'elle était réellement.

Induit en erreur, l'équipage a peut-être réduit l'allure. Au risque de faire décrocher l'appareil et de le plonger dans des formations nuageuses traversées par des courants violents.

L'A330 est-il devenu incontrôlable ? La dernière fois qu'il est apparu sur les radars brésiliens, 26 minutes avant sa disparition, il naviguait à une altitude beaucoup plus basse que celle prévue par le plan de vol.

Des indications de vitesse fausses se répercutent sur les autres paramètres de navigation et les systèmes informatiques sans lesquels l'équipage devient rapidement aveugle. Nombre de dispositifs sont susceptibles de se déconnecter, le pilote automatique peut aussi se désactiver. Et aux dires de certains commandants de bord, la procédure à suivre pour reprendre manuellement les commandes de l'A330 serait malaisée à mettre en oeuvre.

Pour l'heure, le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), chargé des investigations techniques, se garde de la moindre hypothèse. Mais si le scénario du décrochage devait se confirmer dans les mois à venir, on imaginerait sans mal les moments épouvantables vécus par les passagers pendant quelques minutes dans un appareil en proie au vertige inexorable de la chute.

Auteur : DOMINIQUE RICHARD
 

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 17:16
Société 20/05/2009 à 06h51

Contre Sarkozy, toute critique est interdite

Par MICHEL HENRY Marseille, de notre correspondant


Le 27 février 2008, P.L., 47 ans, a «perturbé» un contrôle d’identité gare Saint-Charles, à Marseille, parce qu’il a «vociféré» à l’encontre des policiers, en les désignant du doigt : «Sarkozy, je te vois, Sarkozy, je te vois.» Une amende de 100 euros a été requise hier à son encontre devant le tribunal de police de Marseille, pour «tapage injurieux diurne troublant la tranquillité d’autrui». Le tribunal, présidé par un juge de proximité, rendra son jugement le 3 juillet.

P.L. n’est pas poursuivi parce qu’il a prononcé le nom du président de la République. Mais en vertu d’une jurisprudence remontant à 1875, selon laquelle la simple «manifestation bruyante» et la volonté de «se montrer désagréable», même «sans user de terme offensant», suffisent à caractériser l’aspect injurieux. Voilà ce qu’a expliqué à l’audience l’officier du ministère public.

«Ridicule». Selon elle, P.L. «n’est pas un humoriste ou un philosophe», même s’il lui arrive de donner des cours de philosophie, mais bien un «perturbateur indésirable», comme l’ont désigné les policiers qu’il a importunés, alors qu’ils n’étaient «que deux» à effectuer un contrôle d’identité sur «deux jeunes». Selon les policiers, l’infraction aurait duré cinq minutes. L’officier du ministère public a donc répété avant l’audience la phrase «Sarkozy, je te vois» en se chronométrant. Conclusion : le présumé contrevenant l’a peut-être «scandée… soixante fois». En fait, elle n’en sait rien. P.L., qui ne s’est pas présenté à la barre hier, s’en tient, dans un témoignage écrit, à deux fois. «J’adopte une posture théâtrale et je lance, en pointant l’index vers les policiers, "Sarkozy, je te vois, Sarkozy, je te vois", raconte-t-il. Aussitôt, un immense éclat de rire s’empare des spectateurs. Je porte un costume, une cravate et une serviette en cuir. J’ai sans doute l’air ridicule, mais qu’importe, les rires ont fait redescendre la tension.»

«Décibels». P.L. soutient avoir voulu «apporter un peu de douceur» devant cet «énième contrôle d’identité». Mais pour son avocat, «les policiers ont sans doute été vexés des rires provoqués». Me Philippe Vouland, qui plaide la nullité de la citation, assure que, dans cette histoire, «M. Sarkozy est innocent». «J’imagine la tête du président de la République quand, en pianotant sur Lefigaro.fr, il a vu arriver cette affaire», ajoute Me Vouland. Qui prévient : en cas de condamnation, tout le monde en tirera la conclusion erronée qu’on ne peut plus évoquer la personne de Nicolas Sarkozy sans être poursuivi. Aussi, «vous allez aider le président de la République et relaxer mon client», suggère l’avocat. Car «le caractère injurieux n’existe pas, ou alors vous allez mettre Anne Roumanoff et Stéphane Guillon en prison».

Me Vouland suggère aussi un transport sur les lieux avec un collège d’experts, afin de mesurer «l’impact des phrases de P.L. en termes de décibels», dans une gare ultra-bruyante à une heure de pointe (il était 17 h 50). Il propose également de désigner un neurologue pour savoir «si le système nerveux des autres voyageurs» a pu être affecté. «Si vous condamnez, ça ne peut qu’aggraver l’incompréhension entre la police et la population», conclut l’avocat.

«Gêne». Il regrette que l’accusation en fasse «une affaire de principe», alors que l’on ne reproche à P.L. ni outrage, ni entrave à l’action de la justice. Selon P.L., les policiers qui l’ont conduit au poste étaient d’ailleurs «très gentils»: «A ce moment-là, les choses prennent une tournure délicieusement administrative. Les deux agents procèdent aux vérifications d’usage […]. Je réponds tout aussi machinalement aux questions qui me sont posées. C’était respectueux, chacun dans son rôle.» Il croyait s’en arrêter là. «Je leur ai présenté mes excuses pour la gêne technique occasionnée. Puis je suis sorti et j’ai oublié cette histoire.» Mais l’officier du ministère public a choisi de le poursuivre. Avant de déplorer hier à l’audience que « ce dossier prend une ampleur démesurée», avec un «impact médiatique» qu’elle juge regrettable.

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 16:50

« Hou la menteuse », et en plus elle est teigneuse

Une mère de famille sera entendue par la police judiciaire pour avoir laissé un commentaire sur une vidéo de Nadine Morano

par Astrid Girardeau

vendredi 5 juin 2009


Nadine Morano à la Matinale, d’i-Télé, le 12 octobre 2007 - DR
En écrivant « Hou la menteuse » en commentaire d’une vidéo sur Dailymotion, Dominique Broueilh ne pensait certainement pas recevoir un courrier de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Pourtant, jeudi prochain, cette mère de famille de 49 ans, de Saint-Paul-lès-Dax, sera entendue par un officier de la police judiciaire, rapporte aujourd’hui Sud-Ouest. La plaignante ? Nadine Morano.

En février dernier, la secrétaire d’État à la Famille déposait une plainte contre X auprès du Tribunal de grande instance de Paris pour « injures publiques envers un membre du ministère ». Parallèlement, elle envoyait une réquisition judiciaire contre YouTube et Dailymotion afin d’identifier les auteurs de propos jugés insultants postés en commentaires de vidéos où elle figure. La BRDP demandait alors aux deux plate-formes de vidéos en ligne de « fournir en urgence la date, l’heure et les adresses IP utilisées et tout élément d’identification, pour la mise en ligne des commentaires ci-joints des internautes dont les pseudonymes suivent ». Qualifiant la procédure de première « historique », Dailymotion précisait alors : « On est obligé de donner les adresses IP mais pas les noms de personnes ».

Pourtant, Dominique Broueilh a bien été identifiée pour avoir écrit « Hou la menteuse » en commentaire d’une interview particulièrement musclée où Aymeric Caron recevait dans La Matinale d’i>Télé, le 12 octobre 2007, la députée UMP de Meurthe-et-Moselle (voir ci-dessous). Le journaliste revient sur un reportage d’Envoyé Spécial où l’on voyait Nadine Morano assister, sous une capuche bien camouflante, à un meeting de Ségolène Royal. « Attendez, ce reportage, je l’ai fait moi-même ! », s’énerve la députée, « J’y étais. C’est moi qui suis filmée. Alors ne racontez pas n’importe quoi ! » Avant d’expliquer : « vous dites que j’arrive cachée, ce qui est faux, j’arrive parce qu’il pleut ! »
  Nadine Morano à la Matinale, d’i-Télé, le 12 octobre 2007

Sur Internet, « l’une des grandes gueules de l’équipe du candidat UMP [Nicolas Sarkozy] » comme la présente Aymeric Caron, ne laisse en effet pas indifférent. Et ses sorties fracassantes, notamment vis-à-vis d’Internet — on se souvient de son désir de « Police internationale de la Toile » — récoltent des commentaires parfois virulents, à côté desquels « Hou la menteuse » qui, s’il peut juridiquement être considéré comme une insulte, fait figure de taquinerie de cour d’école. C’est d’ailleurs l’avis de la concernée. « Pour moi, "Hou la menteuse", c’est avant tout une chanson de Dorothée. Je voulais faire de l’ironie », raconte-elle à Sud-Ouest. Aussi, quand elle a reçu l’appel de la police, Dominique Broueilh a d’abord pensé à une blague : « Au début je n’y ai pas cru (...). Je me suis dit que ce n’était pas possible. Je ne l’ai pas insultée ». Pour la mère de famille, cette procédure est de l’« abus de pouvoir » : « Si j’ai fait ce commentaire, c’est parce qu’on le voit bien qu’elle s’est cachée au meeting de Ségolène Royal : c’est criant de vérité. »

Selon le quotidien, une quinzaine d’internautes seraient visés par la même procédure. En attendant, depuis hier, les « Hou, la menteuse » pleuvent en commentaires de la dite vidéo. Auxquels s’ajoutent des : « Et susceptible en plus ! », « Voilà, j’attend que la PJ me convoque maintenant, c’est ça ? », « Comme on dit, il y a que la vérité qui blesse », etc.

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 15:04
Point de vue
"Force de l'art", ou pérennité du sexisme, par Isabelle Alfonsi, Claire Moulène, Lili Reynaud-Dewar et Elisabeth Wetterwald
LE MONDE | 25.04.09 | 14h16

Paris, le 24 avril, la deuxième édition de l'exposition "La force de l'art" a ouvert ses portes. Cette manifestation triennale, organisée par le ministère de la culture et de la communication, le Centre national des arts plastiques et la Réunion des musées nationaux, comporte trois volets.

L'un voit sept artistes, "Les Visiteurs", investir des lieux hautement symboliques de la capitale ; l'autre volet, "Les Invités", consiste en un "festival d'événements et de performances".

L'élément central, "Les Résidents du Grand Palais", est une exposition qui se tient sous la nef centrale, jusqu'au 1er juin.

Parmi les 42 artistes "résidents", seules sept femmes sont présentées : Véronique Aubouy, le duo Butz & Fouque, Frédérique Loutz, Anita Molinero, Cannelle Tanc (en collaboration avec Frédéric Vincent) et Virginie Yassef. Dans cette exposition qui revendique son ambition de représentativité de la scène artistique française, les femmes constituent donc 16 % des effectifs.

Comment "La force de l'art" qui prétend être un "grand rendez-vous donné à la création en France" et à "l'actualité de la scène française" peut-elle ignorer à ce point l'ampleur, la diversité, le professionnalisme et l'engagement de toute une partie de cette scène artistique ?

Comment peut-elle postuler la validité et la "force" de son projet alors même qu'elle néglige l'importance de celles dont le travail est désormais incontournable, aussi bien à l'étranger qu'en France et qui contribuent sans relâche à faire évoluer le débat artistique français, par la qualité de leurs contributions plastiques, de leur discours et des expositions qui leur sont consacrées, aussi bien dans les galeries que dans les institutions ?

Bien que cela soit tentant, il serait trop simple, et sans doute naïf, d'amalgamer les raisons de ce choix "curatorial" disproportionné avec la composition strictement masculine de son appareil décisionnaire, depuis ses commissaires (Jean-Louis Froment, Jean-Yves Jouannais, Didier Ottinger) - le quatrième mousquetaire, Marie-Claude Beaud, s'étant finalement retiré du projet - jusqu'à son commanditaire (le délégué aux arts plastiques, Olivier Kaeppelin) en passant par son scénographe (Philippe Rahm).

Le problème est plus général et renvoie à une situation nationale. Car si l'on considère la proportion dans les collections publiques d'oeuvres produites par les femmes - 15 % en moyenne - "La force de l'art" n'est pas une surprise, ni le reflet d'un sexisme ponctuel ou isolé.

Rappelons qu'aujourd'hui, 60 % des artistes diplômés des écoles des beaux-arts en France sont des femmes. Comment expliquer qu'au mouvement de changement social qui s'est accéléré ces dernières années et qui a permis, entre autres, la nomination en masse de femmes à des postes de direction (centres d'art, musées et Fonds régionaux d'art contemporain), ne corresponde pas un souci d'ouverture équivalent concernant les artistes ?

Le Musée national d'art moderne lui-même affiche des statistiques affligeantes comme préambule de sa prochaine exposition "Elles@centrepompidou", avec ce slogan : "Au Centre Pompidou les femmes représentent 17,7 % des artistes dans les collections du musée. La nouvelle présentation des collections leur est consacrée à 100 %."

Ce nouvel accrochage, qui durera une année, dans la lignée des présentations thématiques "Le mouvement des images" (2006-2007) et "Big Bang" (2005-2006) - la femme est donc un thème - a sans doute pour objectif louable de rectifier le tir et de faire acte (temporaire) de rééquilibrage et de contrition.

Mais c'est justement le caractère temporaire et contrit de l'entreprise qui pose le problème de façon cruciale. L'exposition "Elles@centrepompidou", avec son sponsor si "typiquement féminin", Yves Rocher - "votre partenaire beauté" (parce qu'elles le valent bien ?) - symbolise parfaitement la place assignée aux femmes artistes au plus haut niveau de l'institution française : précaire, périphérique, ponctuelle, toujours à caractère d'exception ; les femmes artistes y sont, en outre, systématiquement renvoyées à la supposée spécificité de leur genre.

Face à cette profession de (bonne) foi du Musée national d'art moderne, il est intéressant de noter que si Beaubourg avait décroché de la présentation précédente des collections toutes les oeuvres produites par des hommes, il ne serait resté qu'une poignée d'oeuvres signées par cinq femmes. Une autre façon de faire le vide...

Il est urgent d'en finir d'une part avec la sous-représentation, d'autre part avec ce caractère d'exception, et enfin avec l'évaluation systématique du travail artistique des femmes en regard de la production des hommes. Il faut que leur production artistique cesse d'être considérée comme "une place stratégique, une matrice, un arrière-plan, un écran pour l'action des hommes" (Donna Haraway, "Ecce homo").

Il nous semble important d'ouvrir ensemble ce chantier, sans lequel la France, dont on signale souvent, à tort ou à raison, le déclin d'influence sur la scène artistique et intellectuelle internationale, ne fera qu'accroître son isolement et son retard.

C'est l'ambitieux projet de "La force de l'art" que d'affirmer et de diffuser, non seulement en France, mais aussi et surtout à l'étranger, la qualité, la vitalité, la "force" de la scène artistique française.

Qu'il en soit donc ainsi, non avec la moitié, mais avec l'ensemble de ses acteurs.

 


Isabelle Alfonsi, directrice de galerie et critique d'art ; Claire Moulène, journaliste et commissaire d'exposition indépendante ; Lili Reynaud-Dewar, artiste et enseignante à l'Ecole des beaux-arts de Bordeaux ; Elisabeth Wetterwald, critique d'art et enseignante à l'Ecole des beaux-arts de Clermont-Ferrand.

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