
MCの津田さんとリプリーを囲んで記念撮影
De toute façon je prends le vert
/http%3A%2F%2Fmedias.lemonde.fr%2Fmmpub%2Fedt%2Fill%2F2008%2F03%2F22%2Fh_9_ill_1026517_000_nic165392.jpg)
AFP/ALEX MITA Le robot ASIMO de Honda, le 5 mai 2007.
Le laboratoire du papa des robots Hiroshi Ishiguro
Mais cela n'est rien au regard de ce que prédit David Levy, chercheur britannique en intelligence artificielle. Le titre de la thèse qu'il a soutenue, en octobre 2007, à l'université de Maastricht (Pays-Bas), "Relation intime avec un partenaire artificiel", parle de lui-même. Et plus encore celui du livre que l'éditeur HarperCollins en a tiré, Love and Sex with Robots. En clair : David Levy affirme qu'en 2050, les robots nous ressembleront tant, sur le plan physique et comportemental, que certains en tomberont amoureux et auront avec eux des relations sexuelles.
Et si c'était vrai ? S'il ne leur manquait plus que l'apparence humaine pour nous séduire ? Côté coeur, le succès des Tamagotchi ou d'Aibo, le chien robot de Sony, montre que notre besoin d'attachement peut fort bien se fixer sur des êtres virtuels, parfois jusqu'à la déraison.
Côté sexe, la route semble plus tracée encore : à l'heure où les sex-toys s'achètent dans le catalogue de La Redoute et où le droit au plaisir s'affiche à tous les coins de rue, l'obstacle ne semble pas tant d'ordre moral que technique. Et les fabricants de love dolls rivalisent déjà d'ingéniosité pour donner à ces poupées de silicone grandeur nature, qui n'ont plus rien de "gonflables", l'apparence la plus réaliste. La preuve par le Net.
En quelques clics, vous y ferez connaissance avec Brigitte, squelette en aluminium articulé, poitrine 90 C, taille 1 m 67, "trois orifices fonctionnels" (Mechadoll, France, 6 990 euros). Avec Andy, qui "gémit lorsque vous la caressez", et Loly (tête interchangeable), dont les yeux "voient" grâce à son logiciel de reconnaissance de formes (First Androids, Allemagne). Avec une cohorte de Candy Girls asiatiques - de loin les plus douces et les plus réalistes (Orient Industry, Japon). En cherchant bien, on peut même y rencontrer Charlie, rouleur de mécanique à la peau mate, yeux bruns et taille du pénis "moyenne" (RealDoll, Etats-Unis).
Pour le moment, c'est vrai, ces poupées d'amour ne passionnent que quelques milliers d'amateurs dans le monde. Des hommes pour l'essentiel, célibataires, au compte en banque confortable mais au coeur en peine. Mais qu'en serait-il si ces champions du safe sex à la peau satinée devenaient capables de se mouvoir "naturellement" ? S'ils faisaient preuve d'initiative, et, surtout, de ce "supplément d'âme" qui nous importe tant ?
C'est précisément cette évolution que prévoit David Levy, pour qui la question n'est pas de savoir si nous ferons un jour l'amour avec des robots, mais quand. A l'appui de sa thèse : les progrès rapides des recherches visant à doter ces machines de sentiments tels que l'empathie. L'expert en intelligence artificielle en est convaincu, la prochaine étape de leur développement sera de "répondre aux émotions d'une personne en émettant d'autres émotions, pour mieux interagir avec les humains". Pour le moment, on en est loin : les humanoïdes les plus performants sont à peine capables de distinguer deux individus l'un de l'autre.
Mais les Japonais, très concernés par le vieillissement de leur population et l'aide croissante qu'il faudra leur apporter, investissent énormément dans ce domaine. Quant à l'Union européenne, elle finance, à hauteur de 2,5 millions d'euros sur la période 2007-2010, le projet Feelix Growing, qui vise à élaborer des robots capables d'interagir avec les êtres humains et de ressentir des émotions. Pour mieux appréhender le comportement des malades ou des personnes âgées dont ils auront la charge, ces auxiliaires de vie truffés de caméras et de capteurs sauront un jour analyser la façon dont marche une personne, le ton de sa voix, les expressions de son visage. Et ils pourront lui répondre de manière appropriée pour la calmer, la guider... ou la morigéner.
Pourquoi, dès lors, ne pas imaginer mettre dans son lit, en 2050, un androïde plus vrai que nature ? L'idée en fera frémir plus d'un, pour qui le robot le plus réaliste, même doté d'une voix de rêve susurrant "je t'aime" au creux de notre oreille, ne remplacera jamais un partenaire humain. Il y aurait pourtant beaucoup à gagner à ce compagnonnage, rétorque David Levy. Fidélité absolue, humeur constante, jeunesse éternelle... Sans compter des performances sexuelles à toute épreuve. Programmable à volonté, ce partenaire de choc pourrait tout aussi bien être mis "en mode apprentissage" que partager "les positions et techniques érotiques du monde entier". Le tout sans panne ni migraine.
Que deviendront le couple, la famille, si ces compagnons artificiels envahissent le champ de l'intime ? Tromper son conjoint avec le robot sera-t-il assimilé à l'adultère ? L'amour romantique pourra-t-il y survivre ? A ceux qui s'inquiètent de telles perspectives, d'autres évoquent un tout autre scénario. En 2050, affirment-ils, les enfants pourront aisément être conçus en dehors de toute sexualité, et l'amour physique tel qu'on le conçoit depuis la nuit des temps aura perdu une bonne partie de son charme comparé à la réalité virtuelle. On ne fera donc plus l'amour IRL (in real life), mais seulement par ordinateur interposé. Ou ce qui en tiendra lieu.
A la base de cette hypothèse : les technologies "haptiques", qui simulent la sensation du toucher. Une facette de la réalité virtuelle qui n'en est qu'à ses balbutiements, mais dont les applications, dans le domaine du jeu comme dans celui de l'industrie, sont considérables. Demain, la mère d'un enfant qui pleure pourra peut-être le consoler, depuis son bureau, d'une caresse sur la joue. Et l'amoureux en voyage déposer un baiser sur les lèvres de sa belle.
Et après-demain ? Supposons une combinaison ultramoulante, recouverte sur sa face interne de microscopiques capteurs-stimulateurs. Un réseau à très haut débit acheminant les volumineuses données inhérentes à la téléprésence tactile. Des systèmes informatiques d'une puissance de calcul suffisante pour traiter, en vitesse quasi instantanée, ces millions d'informations...
Il suffira alors d'enfiler cette peau "intelligente" et de se connecter au cyberespace pour émettre et recevoir les sensations tactiles de notre choix. De quoi goûter, d'ici à la fin du siècle, les plaisirs d'une relation sexuelle électronique "aussi satisfaisante que si elle était charnelle", affirme l'Américain James Hugues, sociologue au Trinity College de Hartford (Connecticut).
Assurément porteur, ce marché pourrait toutefois être contrarié par un autre : celui des phéromones, ces substances inodores émises par de nombreuses espèces animales et que le cerveau détecte comme autant de filtres d'amour. Si l'efficacité des phéromones humaines est prouvée - ce n'est pas encore le cas -, si l'on parvient à les synthétiser à volonté pour les incorporer à des parfums, ces aphrodisiaques risquent de faire fureur. Et ce ne sont cette fois ni les robots ni les ordinateurs qui les apprécieront...
Technologies Haptiques
Dans le laboratoire de recherche en communication multimédia (MCRLab) de l'université d'Ottawa (Canada), les chercheurs s'efforcent de transmettre, par Internet, des sensations tactiles synchronisées avec les données audiovisuelles. "Grâce à une interface tactile - des gants ou un costume -, le toucher permettrait par exemple à deux internautes de se serrer la main", explique Abdulmotaleb El Saddik, directeur du MCRLab. Pour le moment, de tels outils n'existent pas encore. Pas plus que le langage de modélisation capable de traiter ces données.
À LIRE Love and Sex with Robots : the Evolution of Human-Robot Relationships, de David Levy. Ed. HarperCollins (en anglais, disponible sur Amazon.com).
|
Patti Smith : dream of life
Le Site de PattiPatti à Libération Patti sur myspace Etats-Unis, 2007, 108mn) ARTE F Réalisateur: Steven Sebring mardi, 25 mars 2008 à 23:00 voir l'extrait De voyages en concerts, en coulisses ou chez elle, Steven Sebring a suivi Patti Smith dans son intimité pendant onze ans. Plus qu'un portrait, son documentaire ouvre une large fenêtre sur l'univers familier et artistique d'une des plus grandes figures du rock.
Amorcé en 1996, date de l'album Gone again et du retour sur le devant de la scène de l'égérie du rock punk, le tournage de Patti Smith : dream of life accompagne onze années de la vie
d'une femme qui est à la fois poétesse et dessinatrice, écrivain et musicienne, peintre et photographe, mère attentive et militante engagée. L'un des grands mérites de Steven Sebring,
photographe venu de la mode et de la publicité, est d'ailleurs d'avoir obtenu la confiance de l'artiste qui s'est impliquée dans ce projet jusqu'à en improviser le commentaire en voix
off. Construit à la manière d'un collage, le film fouille dans la malle aux trésors de Patti Smith - en l'occurrence, un coin de sa chambre où s'amoncellent les souvenirs - dont elle
extrait photographies, livres ou objets fétiches, fils conducteurs d'un retour sur les grandes étapes de son parcours. Un tambourin confectionné par son premier compagnon, le
photographe Robert Mapplethorpe, y voisine avec sa robe préférée de petite fille ou un vieil appareil photo Polaroid qu'elle trimballe en permanence... De Rimbaud à Dylan
Partie prenante du bouillonnement de l'avant-garde de la scène artistique new-yorkaise du début des années 70, Patti Smith est peu à peu passée de la poésie déclamée de ses débuts à
l'incandescence d'un rock annonciateur du punk, dopé par la violence teintée de littérature de ses textes, sous l'influence de ses proches. Parmi eux, Robert Mapplethorpe mais aussi
Sam Shepard, Tom Verlaine, Allen Ginsberg ou Lenny Kaye : certains ont disparu, d'autres restent fidèles au poste. Si le regard porté sur ce passé fabuleux est parfois empreint de
mélancolie, au gré des images et des chansons choisies pour les accompagner, Patti Smith exprime avant tout son admiration et sa tendresse pour tous ceux qui ont compté pour elle, de
Bob Dylan à Todd, son frère bien-aimé, en passant par l'homme de sa vie, son mari Fred Sonic Smith, ex-guitariste du MC5, décédé brutalement, ainsi que Todd, fin 1994. Avec lui et
leurs deux enfants, Jackson et Jesse, que l'on voit grandir au fil des séquences, la rockeuse a mené pendant une quinzaine d'années une vie de famille tranquille près de Detroit.
Patti Smith : dream of life (du nom de l'album éponyme paru en 1988, le dernier composé avec Fred) débute par des images de ce bonheur familial entaché par le deuil, ballade
nostalgique placée sous le signe de la mémoire. Les défunts occupent une large place dans l'existence de cette inaltérable romantique qui aime à se rendre sur la tombe de ses poètes
favoris (Walt Whitman, William Blake, Percy Shelley ou celui qu'elle adule depuis l'adolescence, Arthur Rimbaud) avant de les photographier.
"La vie ne se résume pas à une ligne verticale ou horizontale", dit l'auteur de Horses. L'image en 16mm, qui privilégie un noir et blanc granuleux entrecoupé de séquences en couleurs plus rares, cherche à traduire cette vision des choses. La caméra de Steven Sebring glisse ainsi d'une visite aux parents de Patti Smith, vieux couple charmant vu dans l'intimité de leur maison du New Jersey, à une séance de peinture émaillée de ses réflexions sur Picasso et Jackson Pollock, avant de tenter de maîtriser la déflagration que constituent les prestations scéniques enragées de la chanteuse. Avec ce style de rock poétique et militant qui lui est propre, entre chant et incantation, Patti Smith exprime sa fureur contre George W. Bush et la guerre en Irak, thème de sa chanson "Radio Baghdad" (2004). Mais elle est aussi cette mère qui ironise avant un concert au Japon sur les tâches ménagères qui lui incombent dans son "boulot à plein temps". Douce puis déchaînée, candide ou mystique, pythie ou feu follet, Patti Smith dévoile ainsi ses multiples visages, où dominent une authenticité rugueuse et un enthousiasme que les épreuves de la vie ne sont pas parvenues à entamer.
|
dreamoflifethemovie
